Le Bushido

Voici une nouvelle occurrence du terme BUSHIDÔ et des valeurs qui en découlent, trouvée dans le livre intitulé AÏKIDÔ - Un art martial, une autre manière d'être (André Protin, éditions Dangles). Je ne retranscris pas ici l'ensemble du paragraphe, relativement long. Vous pourrez trouver l'intégralité du texte en page 42.

 

"La théorie confucianiste sur les relations entre les individus dans la société confirmait la position du shogun et consolidait son pouvoir. Elle fut à l'origine du bukyo, sorte de credo du guerrier en même temps qu'elle définissait la "voie", le shido; les deux devant par la suite se réunir dans ce que nous connaissons mieux sous le nom de bushidô. Ce code d'honneur du samouraï mettait le bushi (ou homme de guerre) à la totale disposition du maître, qu'il devait servir d'abord en sa qualité de guerrier, allant jusqu'à lui sacrifier sa vie, ensuite en tant que sujet ne devant s'interroger ni sur la nature ou la valeur, ni même sur les conséquences de l'ordre reçu ou de la mission à accomplir.

 

http://i34.servimg.com/u/f34/11/14/75/51/samour11.pngObéissance aveugle, certes, qui ne souffrait pas le moindre exercice des facultés individuelles de discrimination ou de raisonnement. Mais cet effacement du comportement individuel était insuffisant à conduire le guerrier à la mort. Une telle attitude de mépris de la mort n'était possible qu'à la condition que le guerrier y fût préparé mentalement. Les techniques de combat très élaborées et l'habitude du combat, de même que la formation très poussée ne suffisaient pas à garantir le guerrier contre la crainte naturelle que tout homme peut éprouver dans cette circonstance. L'idée très répandue dans la pensée japonais que l'homme n'est pas maître de sa vie, a sans doute permis la recherche d'une attitude de non-peur de la mort, mais si ce sentiment fataliste a facilité cette quête, le comportement pour le moins inhabituelle du guerrier japonais ne fut que l'aboutissement d'un long entraînement physique et mental, d'un conditionnement permanent, le plus souvent depuis son jeune âge, et de la longue et pénible suppression de l'appréhension de la mort.

 

Dans cette perspective le Seppuku (hara-kiri), forme rituelle du suicide par arme blanche, représentait aux yeux du samouraï la preuve la plus authentique de la maîtrise de soi en même temps que la manifestation la plus élevée de son pouvoir sur sa destinée.

 

Il est difficile de retrouver dans le bushidô, et dans l'utilisation que les dictateurs de l'époque féodale ont fait de la théorie confucianiste, les préceptes de conduit humaine orientée à la fois par un sentiment de dignité personnelle et d'humanité envers autrui, et par la notion de perfectibilité de l'individu fondée sur la connaissance de soi-même et sur le savoir, indissociable de toute action.

 

"Le savoir commande l'action et l'action initie le savoir". L'idéal du bushidô semble parfois bien loin des paroles du philosophe japonais Oyômé (1475-1529) pour qui tout homme peut, par une discipline intellectuelle, accomplir l'union du savoir et de l'action et, grâce à cette unité, devenir un grand homme.

 

Le bushidô s'éloignait aussi de l'idéal de respect et d'amour pour toute forme de vie que prônait le bouddhisme zen qui se développa au Japon. Si les écoles de guerriers s'inspirèrent, dans la formation du samouraï, des méthodes ou des techniques mises au point par les adeptes du zen pour acquérir l'attitude de non-attachement aux choses de la vie et à la vie elle-même, elles laissèrent totalement de côté la philosopie zen, et leur interprétation est pour le moins tendancieuse. Robert Linssen, dans son livre sur le zen, parle d'une application paradoxale et discutable du zen dans les arts de guerre, "d'une déviation incontestable qu'il faut considérer comme une trahison à la fois très subtile et très habile." Il semble bien que le bushidô, dans ses principes et dans ses objectifs, n'ait rien de commun avec l'attitude de non-violence enseignée par le zen; le seul rapprochement que l'on puisse faire c'est celui des méthodes de préparation mentale, et la confusion fut d'autant plus inévitable que les nobles guerriers fréquentèrent les monastères pour s'initier aux techniques zen afin de mieux se préparer à leur vocation militaire et à toutes les calamités qu'elle engendrait.

 

Bien que mis par écrit, le "credo du samouraï" ne fut jamais une théorie de la conduite humaine, ni un code d'honneur où étaient répertoriés vertus et défauts. Le bushidô, s'il n'était à proprement parler une doctrine, puisait sa substance dans tous les courants de pensée qui pénétrèrent au Japon. Dans son application, il mettait l'accent sur l'attitude mentale à avoir au combat et dans la vie - il est vrai qu'à certaines périodes le combat et la vie se confondaient aisément - autant que sur les qualités morales indispensables dans les relations entre les hommes. Bien souvent, il serait ridicule de le nier, le credo dut souffrir quelques trahisons et l'on pourrait trouver de nombreux exemples où les préceptes de bonté, bienveillance et droiture furent désonéis. Néammoins, nombre de "Senseïs" et, avec eux, légions de guerriers se sont attachés à les appliquer et à les faire appliquer. Ce qui importe finalement, c'est que l'esprit du bushidô demeure vivant dans la pensée japonaise pourvu que les pratiquants du budô ne se laissent pas emporter par les aspirations du monde moderne trop axé sur la rapidité, la victoire, le gain ou les honneurs."

 

 

J'arrête ici le texte qui comporte encore un long passage faisant suite à la dernière phrase transcrite. Il fait notamment référence à la mentalité actuelle des pratiquants d'arts martiaux comme à la nature même des budô. Je résume en quelques lignes significatives:

 

"Quel ques soient ses avantages et ses inconvénients, la compétition prive les arts martiaux qu'elle touche de leur substance et les coupant trop sèchement de la tradition. Elle leur enlève cette quête de la sagesse qui en faisait des activités si attachantes. En dissociant la préparation physique de la forme, du style et de l'entraînement mental, elle vise l'efficacité et, à brève échéance, la quantité [...]

En outre, il n'est pas sûr que la victoire finale dans la plus haute compétition donne à celui qui la remporte beaucoup de bien-être. La rupture d'avec la tradition dépossède le budô (ensemble des arts martiaux pratiqués actuellement) de toutes les qualités qui, jusqu'à voilà quelques années, en faisaient à la fois la valeur et la réputation."

 

En page 47:

 

"La sagesse que permet d'acquérir et qu'entretient la pratique du budô ne doit pas se manifester seulement dans le cadre du dôjô. Elle doit exister à chaque instant, dans chaque comportement, en toutes circonstances et servir de point de départ et de condition à l'établissement de toutes relations [...]

Remaniée dans le creuset japonais, la doctrine de Bouddha a largement contribué à la formation du guerrier et de l'homme ordinaire, ce qui lui a permis de garder sa valeur, hors des circonstances du combat d'abord, et son caractère d'actualité enseuite, et cela même des siècles après avoir été énoncée."


 

Je complèterai cet article par la retranscription du paragraphe "La valeur du bushidô", en pagge 55 du même ouvrage.


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Texte Libre

BUSHIDÔ : Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé –, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est évident que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

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