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BUSHIDÔ

BUSHIDÔ : Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé –, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est évident que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 12:41

Voici une explication que l'on peut trouver dans le "Dictionnaire Historique du Japon, volume 2", de Seiichi Iwao (au repère 105, page 2275, éditions Maison Franco-Japonaise Maisonneuve & Larose):

 

 

 

"Un rônin est un guerrier qui a quitté son suzerain et qui ne possède pas de terres. On peut trouver aussi comme graphie 浪人 mais dans ce cas le sens peut être aussi quelque peu différent. Rônin ou furônin 浮浪人 désignait au cours de la période ancienne les « fuyards », c’est-à dire les paysans qui avaient quitté la glèbe où les registres fiscaux les connaissaient pour s’installer ailleurs sur une autre terre.

Le terme rônin désignant le guerrier sans attachement vassalique se confondait à l’origine avec la notion de prisonnier (rôrônin 牢 ?人) qui désignait les guerriers qui avaient été limogés de leur fonction, dont on avait confisqué la terre et qui avaient été jetés en prison. On constate un nombre accru de ces rônin au cours des guerres pendant les époques Muromachi et Sengoku. A cette époque, certains rônin aventuriers se plaçaient par pur arrivisme auprès d’un seigneur, dans l’espoir de se faire remarquer de lui par ses exploits guerriers et d’être récompensé. Les seigneurs de la guerre (sengoku-daimyô) notamment attiraient auprès d’eux les rônin des pays voisins.

A l’époque d’Edo, le sens de rônin ne se modifie pas. On note cependant un emploi plus fréquent de la graphie 浪人 à partir de la seconde moitié du 17° siècle.

A partir de l’époque d’Edo, les rônin finissent par poser un problème social important. Leur nombre s’accroît

 considérablement du fait des mesures politiques prises par le shôgunat à l’encontre des daimyô. Plus de 220 familles seigneuriales sont anéanties ou considérablement diminuées au cours du début du 17° siècle : certaines se sont en effet ouvertement opposées à Tokugawa Ieyasu lors des batailles de Sekigahara (1600) ou lors du siège d’Osaka (1615) ; d’autres ont refusé d’obéir  aux nouvelles  réglementations mises en place par le régime, auquel cas le daimyô a  pu être de force déplacé de ses terres par le shôgun et fieffé sur un domaine plus  étroit. Quel que soit le cas de figure, la réduction du nombre des familles seigneuriales capables d’entretenir  l’ensemble de leurs vassaux était suffisamment importante pour qu’une cinquantaine de milliers de rônin soient recensés à l’époque. Il faut ajouter également comme cause du développement numérique de ces rônin, les  interdictions du christianisme : en effet, un nombre non négligeable de guerriers qui s’étaient convertis au christianisme et avaient abjuré se retrouvaient sans suzerain.

Autre cause à cet essor de ces catégories de guerriers marginaux, les mentalités  guerrières elles-mêmes : depuis l’époque Sengoku se répand(ent) des comportements au sein de la classe guerrière, différents des comportements traditionnels médiévaux. L’esprit du bushidô, un certain goût pour la mortification, aboutissent à des conduites  d’échec volontaires. Certains guerriers en désaccord avec leur suzerain ou ayant estimé avoir commis une faute renoncent d’eux-mêmes à leurs liens de vassalité et se  font rônin. Un proverbe de l’époque ne disait-il pas qu‘un vrai guerrier fieffé doit avoir été au moins sept fois rônin dans sa vie’?

Enfin, il ne faut pas oublier non plus des causes d’ordre légal (en particulier liées aux questions d’héritage). Si la liberté était reconnue au seigneur de prendre dans sa vassalité un guerrier rônin, il était interdit à un rônin « licencié » par son seigneur ou s’étant séparé volontairement, d’être repris par lui. Ceci faisait partie de ce qu’on appelait le buke hôkô kamai, véritable code de conduite du recrutement et du service des guerriers.

Les codes de conduite du service des guerriers apparaissent parfois déjà dans les règlements des ‘lois provinciales’. On les retrouve sous Toyotomi Hideyoshi, et le shôgunat d’Edo a hérité de ces dispositions.

 A l’origine, il était interdit de reprendre à son service un rônin qui avait été condamné   pour un délit : ceci fut d’ailleurs retenu dans la proclamation des règlements officiels régissant la classe guerrière (buke shohatto de 1632 et 1635) et de nombreux daimyô  adoptèrent des mesures identiques dans le cadre de leur propre fief.

Pour ces nombreux rônin se retrouvant dans une société enfin stabilisée et pacifiée au   début du 17° siècle, il était très difficile de trouver un autre emploi. La politique de fermeture du pays imposée par le shôgunat excluait de leur part toute tentation pour des aventures outre-mer. Aussi leurs revendications et leurs espoirs devinrent de ce fait dangereux pour les pouvoirs établis.

Les rônin subissaient aussi une sorte de discrimination concernant l’habitat : il leur était interdit de résider dans les monastères, dans les quartiers de samuraï ainsi que dans les résidences bourgeoises. Dans les villes, ils devaient bénéficier d’un garant et ceci devait être reconnu par le préfet aux affaires urbaines (machi-bugyô). On sait qu’en 1648 à Osaka les dispositions concernant les rônin en ville étaient particulièrement draconiennes.

En plus de ces restrictions diverses, la pacification du pays rendait les seigneurs peu enclins à recruter dans leur vasselage de nouveaux guerriers sans maîtres. Aussi les conditions de vie de ces derniers se dégradèrent-elles très vite. Certains finirent par se suicider. Un grand nombre d’entre eux participèrent aux opérations militaires du début de l’époque d’Edo : le siège d’Osaka ou la répression des paysans chrétiens insurgés à Shimabara. Nombreux furent ceux aussi qui, mécontents, participèrent au complot de Yui Shôsetsu (1651). Le résultat fut en tous cas sur le moment un renforcement des mesures répressives concernant les guerriers sans mâitre.

Ce n’est finalement que sous Tokugawa Ietsuna, époque considérée comme celle de l’achèvement des institutions du régime d’Edo, que l’attitude des autorités vis-à-vis des rônin commença à se relâcher. Les nouvelles mesures visaient surtout à faire diminuer leur nombre.

Une réforme du système d’adoption d’enfants par les daimyô fut entreprise : ceux-ci désormais avaient l’autorisation d’adopter une personne même s’ils avaient moins de 50 ans dans le cas où ils n’avaient pas d’héritier. Cette mesure tendait à limiter les changements de fiefs en cas d’absence d’héritier et donc à éviter de créer de nouveaux rônin.

Mais surtout parmi les mesures d’apaisement à l’égard des samuraï sans maître, il faut rappeler l’assouplissement du système de contrôle de résidence : les rônin pouvaient habiter n’importe où à condition que leur propriétaire, leur aubergiste, ou l’organisation de voisinage de quartier (goningumi, « groupe de cinq ») en fasse la déclaration au préfet des affaires urbaines. Le shôgunat assouplit aussi les conditions faites aux rônin pour retrouver un seigneur et les daimyô agirent dans le même sens si bien qu’un certain nombre de rônin put retrouver du service.

Un grand nombre de rônin fut contraint d’exercer des activités diverses pour assurer leurs moyens d’existence à eux et à leur famille : ainsi nombreux furent ceux qui devinrent maîtres d’armes, qui enseignaient les principes de la stratégie, qui devinrent lettrés spécialisés dans les étides confucéennes, hommes de lettres, médecins, maîtres  d’école, et transmirent leur savoir à leurs enfants créant ainsi des familles au savoir spécialisé parfois à l’origine d’iemoto. Il est à remarquer que beaucoup d’intellectuels célèbres de cette époque sont issus du milieu des rônin : les philosophes Yamaga Sokô et Ogyû Sorai, le conseiller néo-confucianiste Arai Hakuseki, les poètes Nishiyama  Sôin et Bashô, le dramaturge Chikamatsu Monzaemon etc… Des attitudes critiques relatives à la condition faite aux rônin persistèrent jusqu’à l afin du shôgunat, visibles dans les prises de position de personnages comme Yamashita Kônai, Yamagata Daini, Fujii Umon, Hayashi Shihei. Par ailleurs, les difficultés financières rencontrées par ces rônin faisaient de certains d’entre eux de véritables vagabonds et même des délinquants.

Dans les dernières années du shôgunat, nombreux étaient les samuraï qui avaient rompu leurs liens avec leur seigneur, et, devenus rônin, militèrent pour la cause xénophobe et pro-impériale (sonnô jôi). Les rônin étaient nombreux dans  l’administration du nouveau régime Meiji."

 

 

On constate ici que l'auteur emploie 牢 人comme graphie principale.

La plus courante, que l'on trouve beaucoup sur Internet, est celle composée de l'idéogramme "vague" ( 浪人). Or, selon Seiichi Iwao, cette graphie là est postérieure à la notion orthographiée sous la forme 牢 人. Iwao précise que le mot "rônin", dont l'écriture se rapproche de celle de "furônin", serait un équivalent à ce dernier terme et qu'ils furent tous deux employés au début dans le même sens.

C'est l'idée qui se dégage du livre "The Cambridge History of Japan, volume 2". On trouve tout au long du texte l'emploi du terme "vagabond" (dans le texte original en anglais: "migrants") associé à celui de "rônin" ou "furônin".

Page 206:

"Les Officiels devaient faire plus attention à recenser les vagabonds (fûronin) pour être sûrs que les personnes exploitant les fermes dans les domaines dits shoen  n’échappent pas au paiement des taxes ."

Page 262

"A la très grande variété d’autochtones bénéficiant de certains degrés d’exemption de taxes doit être ajouté ceux qui ne sont pas recensés, où recensés séparément, les vagabonds (rônin) […] "

Traductions par Shingen

De nombreux autres passages y font encore référence, je ne les reporterai pas ici.

Il faut donc se rappeler que le premier sens donné à "rônin" était bien celui de "paysan ayant fui son domaine pour échapper aux taxes", et non celui d' "homme de la vague".

 

 

Pour une autre explication du mot rônin, voir le livre "Age des Héros, Age des Guerriers - Géographie Sacrée et Corporelle du Guerrier avant l'ère Meiji", par Florence Braustein, éditions l'Harmatta, page 106:

"Les Rônin, terme qui signifie "homme vague", désigne une catégorie de samuraï sans maître, sans dépendance, qui peuple le Japon surtout pendant la période des Tokugawa (1603-1868), moment où ils sont estimés au nombre de 400.000. La  dictature des Tokugawa jette le désarroi au sein des clans et beaucoup de leurs membres avaient quitté leur position sociale pour rejoindre le rang des guerriers. Au contraire, certains autres cherchent à retrouver de n’importe quelle manière leur ancien statut. Enfin, une grande partie des Rônin est également issue du bas de l’échelle sociale. Avant le X° siècle, ce terme était essentiellement réservé aux paysans qui ont abandonné leur terre devant l’importance des impôts à payer. Devenir Rônin pouvait être aussi un choix. Le fils d’un samuraï peut, s’il le décide, rester guerrier indépendant, et opter pour le statut de rônin. La fonction de Samuraï éliminée progressivement, ils n’avaient souvent plus d’autres solutions que de se convertir en rônin. L’enseignement du Bujutsu leur permettait de gagner leur vie et c’est pour cette raison que bon nombre d’entre eux étaient à l’origine des écoles de techniques de combat, les Ryû. Les Heimin, les fermiers, les engageaient parfois pour assurer leur protection, en tant que gardes du corps, mais aussi pour leur enseigner l’art de se défendre. Marginalisés et difficiles à maîtriser, leur réputation devint  exécrable. Lors de la période Momoyama (1573-1598), ils prennent l’habitude de se regrouper autour des grandes villes en bande et sèment le désordre et la discorde. En 1858, lorsque les puissances occidentales souhaitent résider dans la capitale        shogunale, Edo, ils terrorisent tous ceux qui veulent entrer en contact avec elles. Pourtant, ils deviennent dans la littérature japonaise un abondant sujet d’inspiration quant à leurs exploits de toutes sortes. En effet, beaucoup les rejoignent selon des hasards divers, imposés par la vie, pas seulement par désarroi, mais aussi en vue de venger leur maître."

 

 

RONIN et RORONIN

- rou/ran: vague - déambuler, errer

- nin/jin: homme

Homme qui déambule et qui est ballotté, comme pris par la houle ou la vague de la mer.

- rou: prison

 

NOTE: Je n'ai pas réussi à trouver l'ensemble des idéogrammes composant le terme rôrônin, le deuxième symbole étant presque illisible pour moi.

 

 

                                             

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Concernant l'acception furônin, le Dictionnaire d'Iwao nous donne de plus amples informations (page 663, entré 181):

"Le terme de furô ou furônin littéralement signifie errant. Selon le commentaire du code Ryô no shûge, chapitre relatif aux foyers (koryô), on désignait sous ce nom les individus éloignés de leur domicile légal, c’est-à dire du lieu d’enregistrement de leur famille, mais connus des autorités et donc astreints aux corvées (kaeki ou kayaku), et on les distinguait des tôbô ou fugitifs, individus éloignés de leur domicile légal mais devenus complètement ignorés des autorités et donc n’accomplissant aucune corvée. Les fonctionnaires enregistraient les furô dans des registres particuliers, les registres des individus résidant mais non domiciliés dans la province (furô-chô). A partir du moment où les registres d’état civil (koseki) et de la population (keichô) furent établis sous le règne de Tenchi tennô, le terme de furô apparut : la première mention dans les Chroniques du Japon (Nihon-shoki) se rapporte à l’année 670 […] "

 

Selon Craig Risser, de l'Université de Colombie Britannique:

"Depuis le tout début, les paysans résistèrent au contrôle qui leur était imposé par le système de ritsu-ryô, par un moyen plus direct : la fuite. Ils emportèrent avec eux tout ce qu'ils avaient et quittèrent la région  où ils étaient recensés et où ils avaient reçu des parcelles de terre. Les personnes qui agirent ainsi furent appelées furônin."

 traduction par Shingen

 

Dans "Capitalism from Within" de David L. Howell, University of Colombia Press, page 157:

"‘Vagabonds’ (furônin) était une description fréquente des familles de pêcheurs du fait de leur refus de s’établir dans un mode de vie agricole respectable.”

traduction par Shingen

Les furônin s'opposaient au dojin (土人) qui restaient eux recensés dans les registres locaux.

 

FURONIN

- fu: vagabond, exclu, clochard - traîner

 

DOJIN

- do: terre, argile, sol

Ici, idée de l'homme qui est resté sur sa terre.

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Termes voisins que l'on peut rencontrer dans la littérature:

 

TENJIKU-RÖNIN: rônin pauvre.

 

Voir la définition du livre "Le Discours d'Ogyû Sorai sur le gouvernement - une traduction annotée", par Olof G. Lidin, page 273, volume IV:20:

"Il arrive souvent que les hommes qui n’ont pas de fils ni de petit-fils se retirent.   Ainsi, la lignée familiale est brisée et ils deviennent des samuraï errants sans domicile (tenjiku-rônin)."

 

En page 274, une précision est faite: ce terme semble s'appliquer à des guerriers venus d'Inde. Il est dit:

"Tenjiku-rônin ou rônin d’Inde, était un homme à la dérive ou un vagabond sans  domicile. Cela peut aussi être un jeu de mot quand les deux caractères de chikuten,  (fugueur’), sont inversés. Le terme est trouvé dans la littérature de l’époque Tokugawa"

 

Le livre "India and Japan - Friends of Fourteen Centuries", de Chaman Lal, appuie cette idée:

"Ces indiens étaient appelés Tenjiku-rônin (samuraï indien sans maître). Il est évident que du sang indien coule dans les veines des japonais." 

 traductions par Shingen

 

 

ROSHI: terme plus élégant concédé par les autorités, à la place de rônin.

Dans ce cas, il désignait des samuraï rassemblés en une milice. Ces roshi rejoignaient alors des roshi-tai, groupes de roshi au service du gouvernement - voir le livre de Stephen Turbull "The Samuraï Sworsman: Master of War", éditions Tuttle Publishing, page 184:

"Avec des assassins dans les rues, le Protecteur de Kyoto avait besoin de ses propres assassins, aussi une armée virtuelle d’épéistes "loyaux et patriotiques" fut expédiée  d’Edo à Kyoto avec l’instruction de restaurer la loi et l’ordre dans la capitale impériale. Dans un précédent extraordinaire, les hommes ne furent  pas recrutés parmi  les propres hommes du shogun, mais parmi des rônin et des hommes n’appartenant pas à la classe samuraï. Les autorités qui les enrôlèrent, toutefois, préférèrent le titre plus splendide de rôshi à celui de rônin "

traduction par Shingen

 

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Pour connaître l'oeuvre d'Ogata Gekko et la série d'estampe des 47 rônin, visitez ce site:

http://ogatagekko.com

 

Quelques estampes d'Utagawa, sur la série Chushingura:

http://www.47ronins.com/image-gallery.html

 

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Published by Shingen - dans Le Bushido
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