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BUSHIDÔ

BUSHIDÔ : Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé –, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est évident que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 13:18

Le Tachi précède la Katana dans l'histoire du sabre japonais. Voici dans les lignes qui suivent une mise en parallèle de ces deux armes.

 

De nombreux ouvrages définissent les deux termes.

D'après  Florence Braustein, "le tachi se portait à la ceinture au moyen d'une bélière de cuir ou de soie. D'une longueur comprise entre 60 et 76 cm, à la courbure profonde, c'est un sabre utilisé par les cavaliers."

D'après Tamio Tsuchiko, le tachi est "une épée incurvée avec une lame plus longue que 24in (60cm). Il était porté  suspendu à la ceinture avec le tranchant face au sol. Les tachi étaient produits durant la période Koto, avant 1596. Plus tard, certaines lames produites originellement en tant que tachi furent converties en katana par un raccourcissement de la soie (ou de la portion de la lame qui s'étend sous le hamachi et le munemachi); cette procédure cause inévitablement la perte de toute signature."

William Deal donne une définition très intéressante: "le terme tachi est employé pour désigner une longue épée d'abord utilisée par les nobles de la période Heian à la période Muromachi. Les lames de tachi étaient arquées et plus longues que celles des katana et étaient portées de manières différentes. Le terme tachi se réfère spécifiquement aux épées portées suspendues à la hanche avec le tranchant vers le bas. Par contraste, le katana était porté avec la surface tranchante face vers le haut et porté en travers de la ceinture. Les tachi étaient généralement produits pour les aristocrates en tant qu'atours indiquant une position sociale et un rang de la cour impériale. Sous le gouvernement militaire, les seigneurs de guerre et les vassaux militaires balayèrent les vestiges de l'ancien ordre aristocratique, en préférant peut-être des épées telles que les katana pour l'avantage tactique qu'ils offraient, en tant que dernier recours pour la défense dans un combat en face à face."

Stephen Turnbull confirme cette dernière idée: "d'abord utilisé par des guerriers trop pauvres pour se permettre de posséder un tachi, il (le katana) supplanta finalement le tachi comme arme de choix, car sa taille et son positionnement permettait au porteur d'effectuer un coup dévastateur directement à partir du fourreau."
Le tachi fut donc supplanté dans le temps de par ces deux raisons:

 

puce.gifle manque de moyens de certains guerriers de pouvoir s'offrir une telle arme.

Ces guerriers sont les fantassins, le tachi étant essentiellement utilisé sur le champ de bataille par les bushi à cheval, plus haut gradés.
Les fantassins portaient des armes appelées uchi-gatana. D'après Karl Friday: " l'uchi-gatana se développa probablement en tant que tachi des hommes pauvres". Turnbull s'y réfère également dans son ouvrage The Samuraï Swordsman, en page 25: "Le katana était utilisé avant la période Muromachi, mais de façon limitée, c’est-à dire que seuls les hommes de bas rang le portaient. Dans ce cas, on parlait plus d'uchi-gatana, porté de la même façon que le katana, c'est-à dire en travers de la ceinture."

Enfin, selon Serge Mol, "dans la période Muromachi, les dagues devinrent plus longues et se développèrent graduellement en uchigatana (épée qui frappe/perce). A l'origine, l'uchigatana avait une lame droite faisant jusqu'à 60 cm de long, le rendant approprié comme poignard. Plus tard, des versions plus longues, plus courbes de l'uchigatana furent développées, résultant en une arme connue aujourd'hui sous le nom de daïto (épée longue), et plus communément katana. Au départ, l'uchigatana était complémentaire du tachi, mais durant la période Azuchi-Momoyama (1576-1600), il devint si populaire qu'il remplaça le tachi. A la place, deux uchigatana étaient portés – un long et un court. Le plus court, faisant jusqu'à 60 cm de longueur, était aussi appelé chiisagatan (petit katana), ou wakizashi (les caractères les plus communs signifiant 'inséré au côté')"
On se rend compte que la définition de Mol apporte une notion supplémentaire: les guerriers de hauts rangs portaient deux sabres: un tachi et une lame plus courte. Turnbull tout comme Friday font référence à la "dague" mentionnée ici. "Ce que nous voyons comme étant porté dans des rouleaux tels que le Heiji Monogatari Emaki sont le tachi, qui est suspendu sur une ceinture séparée avec le tranchant vers le bas, et un sabre plus court, qui est introduit en-travers de la large écharpe autour de la taille de l'armure."
Le tachi, que beaucoup de guerriers ne pouvaient pas posséder, fut donc supplanté par l'uchigatana, qui semble être un dérivé de la dague que les guerriers nobles possédaient. L'uchigatana devint lui-même le katana que nous connaissons.

 

puce.gifle besoin d'évoluer dans les combats  en raison d'un manque de maniabilité du tachi.

Du fait de sa longueur, il est difficile de dégainer rapidement une telle arme. Selon Kôkan Nagayama: "Lorsqu’on utilise un tachi, deux actions discrètes - le dégainé du fourreau et la coupe - sont nécessaires. Mais lorsqu’on utilise un katana, l’action du dégainé est continue et devient l’action de couper, en d’autres mots, les deux actions peuvent être effectuées dans le même temps. Le katana est apparu comme le résultat de changements dans la façon dont les batailles étaient menées, le combat était devenu quelque peu féroce et demandait une réponse plus rapide." (The connoisseur's book of Japanese swords) Le port du tachi  à cheval favorisait par ailleurs un dégainé vertical et le tranchant vers le bas empêchait toute attaque surprise (Early Japanese sword guards, de Masayuki Sasano et Shihachi Fujimoto, page 7)
Il faut également savoir que le poids de l'arme était important. Comme il ne servait pas d'arme défensive mais offensive, le tachi devait avoir de la puissance pour couper les armures. De par son poids, les hommes devaient l'employer à deux mains, ce qui renforçait la puissance des coups. Les explications de Stephen Turnbull nous permettent d'appréhender la façon dont devait être utilisé le tachi: "le tachi devait être tenu à deux mains et des coups violents plutôt que des mouvements d’estoc devaient être le mode normal d’opération. Quand l’emploi du tachi est décrit dans les gunkimono (récits de guerre), nous notons l’emploi de verbes qui peuvent être le mieux traduits par « couper », « frapper » ou « entailler ». Dans le Mutsu Waki :
      
‘avant que les mots n’aient quitté sa bouche, il commença à former un chemin au-travers du centre de l’armée ennemie, frappant

       à droite et à gauche si sauvagement que personne ne s’aventurait à lui faire face' "
Turnbull continue en statuant qu’à l’inverse, l’emploi d’une lame plus courte est décrit par des termes tels que "poignarder/percer" ou "projeter" (on peut imaginer ici l’action de dégainer, où la lame est ‘lancée’ vers l’avant). Il illustre ses dires d’exemples tirés du Heike Monogatari, du Taiheiki ou du Gikeiki. La puissance délivrée par la tachi s’explique par sa courbure et par le fait qu’il soit tenu à deux mains.

 

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On constate ainsi que le tachi semblait peu adapté pour les combats rapprochés, raison pour laquelle il tomba en désuétude

En complément de ce survol historique et des définitions données sur les deux armes, on peut différencier le tachi du katana par plusieurs critères plus ou moins standards:
puce.gifle type de monture: fourreau suspendu pour le tachi (jindashi-zukuri), ou passé en travers de la ceinture pour la katana. Le fourreau du tachi est beaucoup plus décoré que celui du katana (on parle alors de sayamaki-no-tachi);

puce.gifla longueur de la lame: en 1730, la longueur du tachi fut officiellement établie entre 17.5 et 26.5in. (76/79 cm) (A Glossary of the Construction, Decoration and Use of Arms and Armor). La longueur usuelle du katana est de 66 à 76 cm.

puce.gifla signature sur la soie, qui détermine le sens du port de la lame: "La signature de tachi et de katana était habituellement inscrite sur l’extérieur de la soie ; le côté qui apparaissait sur l’extérieur variait en fonction de ce qu’une lame était portée en style tachi (tranchant vers le bas) ou en style katana (tranchant vers le haut). De ce fait, les signatures sur katana (katana-mei) et de tachi (tachi-mei) sont typiquement situées sur des côtés opposés." (The connoisseur's book of Japanese swords, de Kōkan Nagayama);

puce.gifla courbure (sori) de la lame: le tachi a une courbure de type toriizori ou koshizori; (The new generation of Japanese swordsmiths). Elle est souvent plus prononcée que celle du katana;

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puce.giffumbari plus prononcé sur les tachi (The Japanese Sword)

puce.gifla pointe (kissaki) est surtout de type ko-kissaki sur les tachi dans la période Heian tardive (The new generation of Japanese swordsmiths);

puce.gifhamon souvent de type suguha sur les tachi: ligne de trempe plus droite et parallèle au  hasaki (The Japanese sword);

puce.gifkashira de style kabuto-gane ("casque metallique") sur les tachi (Samurai:  the weapons and spirit of the Japanese warrior).Ce chapeau s'avance beaucoup plus sur la poignée et recouvre plus le tressage que la simple kashira;

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puce.gifla garde (tsuba) du tachi ressemble au type de garde des sabres chinois et est appelée shitogi-tsuba : "un type précoce de garde qui fut employé sur les tachi de cérémonie longtemps après que son utilisation soit arrêtée sur les sabres de combat. La forme originale dériverait des gateaux de riz rituels, appelés shitogi, qui étaient faits en écrasant une poignée de riz cuit pour y laisser les impressions des doigts. Bien que cette garde soit d'une épaisseur considerable elle est étroite et apporte peu de protection pour la main. On y ajouta donc des anneaux de métal sur chaque côté." (elle devient alors une Kara-Tsuba) (George Cameron Stone – traduction par Shingen). Voici un exemple de Kara Tsuba, qui pourrait être apparentée aux gardes de sabres chinois de la dynastie Tang:

 

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Il arriva que des lames de tachi furent raccourcies, au point de faire disparaître la soie originale. Montées en katana, elles devinrent donc des lames de katanas.
 

 

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(d'après George Cameron Stone, Kanzan Satô et Markus Sesko notamment)


AMA-OI: renfort métallique longitudinal situé à l'extrêmité du fourreau;
AOI-TSUBA: en dehors du type shitogi-tsuba, c'est un type de garde de tachi, avec des seppa très larges;

HO-HO TACHI: tachi dont le pommeau représente une tête de phœnix;
HYOGO-GUSARI (ou SAGURI): partie en chaîne (kusari) permettant de suspendre le tachi;

KANAGU: ensemble des accessoires de tachi (appelés kodugu sur le katana);
KUCHI-KANAMONO ou KANE-GUCHI : embouchure du fourreau sur le tachi
O-SEPPA: seppa (large) de tachi ;

OBI-TORI : anneaux de bélières, fixés sur le fourreau du tachi;
SEMEGANE : anneaux métalliques renforçant le fourreau du tachi, généralement au nombre de trois;

SHIBA-BIKI: ama-oi situé sur le tiers inférieur du fourreau ;
TAWARA-BYO: décorations sur la poignée, en plus des tsuka-ai;
TENUKI-NO-O : cordelette qui servait à maintenir en place le tachi en passant au travers de la soie, à la place de la cheville (mekugi);

TSUKA-AI: pièce d'ornement remplaçant le menuki sur le tachi;

TSUTSU-KANAMONO : accessoire recouvrant le fourreau du tachi entre les suspensions, tel un "tube";
UDENUKI : cordelette de cuir passée au travers des udenuki-ana (trous dans la tsuba) pour attacher le sabre autour du poignet et ainsi prévenir la perte du tachi lorsqu'utilisé à une seule main (katate-uchi) à cheval;

YAGURAGANE: pièces triangulaires pouvant remplacer les obitori, dans lesquelles passent le cordon pour suspendre le tachi

 

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EFU-NO-TACHI (ou KENUKIGATA-TACHI, ou YAKEN): tachi dont la poignée est percée. Appelé Efu-no-tachi car porté par les gardes impériaux (efu). Le mekugi est remplacé par un accessoire ouvragé ressemblant à une pince à épiler ("kenukigata")

ITO-MAKI-NO-TACHI: tachi possédant une poignée ainsi qu'une partie du fourreau tressée.

KAZARI-TACHI (ou HOSODACHI) : "épée de cérémonie", tachi dont la poignée est dénuée de tressage et à la lame étroite.

KURO-URUSHI-TACHI: tachi laqué de noir (kuro: noir – urushi: laque), arboré par les guerriers braves. La garde de ce modèle se nomme KAWA TSUBA , et est faite de plusieurs couches de cuir durcies avec de la laque noire.
TSUKURI (ou ZUKURI): montures de tachi en général

 

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Sources

 

Âge des héros, âge des guerriers: géographie sacrée et corporelle du guerrier japonais avant l'ère Meiji, de Florence Braunstein

 

A Glossary of the Construction, Decoration and Use of Arms and Armor, de George Cameron Stone

 

Ancient Chinese Warfare, de Ralph D. Sawyer

 

Classical weaponry of Japan: special weapons and tactics of the martial arts, de Serge Mol

 

Encyclopédie technique, historique, biographique et culturelle des art martiaux d'extrême orient, de Gabrielle Habersetzer,Roland Habersetzer

 

Handbook of Sword Fittings related Terms, de Markus Sesko

 

Handbook to life in medieval and early modern Japan, de William E. Deal

 

Japan encyclopedia, de Louis Frédéric

 

Katana : The Samurai Sword: 950-1877, de Stephen Turnbull

 

Nippon-tô: the Japanese sword, de Inami Hakusui

 

Samuraï: the weapons and spirit of the Japanese warrior, de Clive Sinclaire

 

Samuraï, warfare and the State in early medieval Japan, de Karl Friday

 

The connoisseur's book of Japanese swords, de Kōkan Nagayama

 

The Japanese sword, de Kanzan Satō

 

The new generation of Japanese swordsmiths, de Tamio Tsuchiko,Kenji Mishina

 

The Samurai Swordsman: Master of War, de Stephen Turnbull

 

 

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Published by Shingen - dans Le Sabre Japonais
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