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BUSHIDÔ

BUSHIDÔ : Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé –, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est évident que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 11:31

puce.gifLes 36 stratégies secrètes des guerriers chinois

de Hiroshi Moriya

éditions BUDO

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/36_str11.jpgChacune des stratégies de combat et de diversion contenues dans ce livre est un trésor distillant la sagesse chinoise et la pensée orientale.
Hiroshi Moriya, autorité reconnue en matière de culture et de philosophie chinoise, analyse et explique ces stratégies, prenant des exemples dans l'histoire ancienne et contemporaine afin d'en dégager plus précisément le sens.
Ce recueil se présente en six parties de six chapitres qui offrent tous un aperçu du passé d'une grande valeur pour le lecteur d'aujourd'hui lui permettant de comprendre mieux la Chine contemporaine. Cet ouvrage donne à l'homme d'affaires, au diplomate, au politicien, au stratège militaire, à l'artiste martial, ou au sportif de haut niveau les clefs pour comprendre, interpréter et contrer les actions de l'adversaire même le plus intimidant.
Une analyse de l'esprit stratégique et combatif chinois.

Hiroshi MORIYA est un spécialiste de la culture et de la philosophie chinoise. Au cours des cinquante dernières années, il s'est consacré à expliquer le chinois à travers le monde et plus particulièrement dans son pays, le Japon. Il a écrit plus de soixante-dix livres sur la Chine et, depuis 1940, il a visité la Chine plus de cinquante fois. Moriya vit près de Tokyo.

Extrait de la préface

"La légende veut qu'au moment où Yamamoto Kansuke allait se voir adoubé par le jeune seigneur de la guerre, Takeda Shingen, l'un des plus puissants vassaux du clan Shingen le défia en duel, en présence du seigneur et de ses gens. Kansuke, un sabreur puissant de l'école de Kyoto, n'avait plus qu'un oeil, était boiteux et avait perdu plusieurs doigts. Il s'agissait, en réalité, d'un rônin, étranger au fief de Shingen, dont la loyauté, aux yeux de son adversaire, pouvait être mise en doute.
Ce défi était inattendu, mais Kansuke l'accepta dans l'instant, insistant, néanmoins, pour qu'il soit appelé une «bataille» plutôt qu'un duel. Invoquant ses multiples infirmités, Kansuke demanda également que cette bataille se déroulât sur une petite barque qui était ancrée au milieu du lac voisin. Cela devait égaliser les chances, puisque les deux hommes se trouveraient limités dans leurs mouvements au cours du combat. Malgré la consternation que ces conditions soulevèrent parmi les vassaux présents, Shingen ne tarda pas à les accepter.
Kansuke et le vassal de Shingen furent transportés sur une petite embarcation jusqu'à la barque ancrée au large, et ils grimpèrent aussitôt à bord. Sans autre préambule, Kansuke perça brusquement un trou dans le fond de la barque avec le fourreau de son sabre, sauta sur le bateau qui les avait amenés jusque-là et repoussa au loin la petite embarcation. Le vassal, qui ne savait pas nager, se retrouva bientôt seul, prisonnier d'une barque qui s'enfonçait irrémédiablement, sans pouvoir s'échapper. Sur ces entrefaites, Kansuke lança une corde à l'homme et le tira jusqu'à la rive, lui sauvant ainsi la vie.
Observant attentivement toute l'affaire depuis la rive, Shingen ne tarda pas à percevoir la profondeur de la stratégie de Kansuke et décida immédiatement de le prendre à son service, doublant le traitement qui lui avait été initialement proposé."


 

puce.gifLes 36 stratagèmes: manuel secret de l'art de la guerre

Auteur anonyme

Editions Rivages

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/36_str12.jpg

En 1939, sur un marché de Chine du nord, un officiel du Guomindang découvre un livre de recettes d'immortalité. A la fin de l'ouvrage se trouve un court traité de stratégie militaire : "Les 36 stratagèmes" (ou 36 Ji). Ce recueil secret datant probablement de l'époque de la dynastie des Ming offre un tableau exhaustif de toutes les ruses et stratagèmes militaires de l'époque. Ce petit traité inspiré du Livre des Mutations et de la Philosophie des Légistes propose des solutions pour faire face à toutes les batailles, même les plus critiques.

 

Le traité est introduit par une courte préface intitulée "Six par six : trente six" qui révèle les influences de la numérologie chinoise dans le choix du découpage en chapitre du texte qui suit. Ainsi, le corps du document est découpé en six chapitres, eux-mêmes subdivisés en six sous-chapitres. Chaque sous-chapitre est introduit par une courte maxime, suivie d'un commentaire explicatif qui en donne l'interprétation.

 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 16:53

"Le menkô est un masque de métal couvrant soit toutes les parties, présentant des trous pour les yeux et les narines, dans quel cas il est appelé Menpô, soit plus petit, couvrant seulement les joues et la portion du visage sous le nez, auquel cas il est appelé Ho-Ate" Josiah Conder.

 

En vérité, on peut classer la protection du visage (généralement appelée men yoro, mengu ou katchu-men) en plus de groupes que cette répartition donnée par Conder:

 

puce.gifHappuri – masque couvrant le front et les joues (utilisé par les ashigaru). Il n'y a pas de nodowa

puce.gifHanbo (ou tsubame-bo, tsubakuro-bo, tsubame-gata, embigata, yembi-gata) – demi-masque, couvrant la gorge et le menton, appelé "queue d'hirondelle"

puce.gifHoate (ou saru-bô "visage de singe") – demi masque, couvrant la gorge, le menton et les joues

puce.gifMenpo – demi-masque, couvrant tout le visage jusqu'au  niveau des yeux. Dans ce cas, la partie du nez peut être amovible

puce.gifSômen (parfois So-Mempô; Matt Garbutt l'appelle menbô) – masque complet couvrant tout le visage.

D'après Anthony J. Bryant, les sômen "n'étaient pas très bien étudiés, car, tandis qu'ils servaient de protection, ils limitaient la respiration et la vision; de ce fait, ils étaient rarement portés".

 Le guerrier ne pouvant pas ouvrir la bouche en portant son masque devait par exemple s'il était assoiffé, utiliser la tige de bambou qui formait les flèches pour boire. (Garbutt)

 

   

Je ne compte pas dans cette division le Nodowa (gorgerin) qui pouvait parfois se porter seul, sans masque. On peut voir ci-contre la forme de cet accessoire.

 

Le gorgerin était porté par des bushi de haut rang. Il était fait de 2 ou 3 rangs de plates lacées fermement sur une lame plus large en forme de U. Les meilleurs Nodowa sont faits de kozane. Cet accessoire s'est développé à partir du 6° siècle et dérive d'un collier cuirassé en plaques de métal ou en peau de requin anciennement porté sous le do et attaché à un support matelassé de cuir ou de tissu appelé eri-mawari.


Il y a différents types de gorgerins, qui dérivent tous de la forme basique Nodowa:

puce.gifNodawa – gorgerin attaché par des cordes à l'arrière du cou

puce.gifMeguriwa – gorgerin attaché au kabuto par des crochets

puce.gifEriwa – gorgerin attaché par une boucle

puce.gifGuruwa – extension du nodowa, se présentant comme des ailettes ou un anneau de métal entourant complètement le cou. Il pouvait disposer d'une charnière sur un des côtés et d'un bouton pour le maintenir sur le côté opposé; ou bien être simplement noué par une cordelette.

 

GURUWA

 

  

Avant d'enfiler le masque, les bushi devaient se munir d'un tissu (fukuza) qu'ils plaçaient sur le menton. Ils attachaient ensuite le masque avec des cordelettes nouées derrière la tête. La face interne du mempô était laquée pour ne pas irriter la peau (d'une couleur correspondant au reste de l'armure).

"Le milieu d'une corde souple et lourde était attaché à l'anneau situé à l'arrière du casque et la corde était lacée depuis les anneaux aux attaches du mempô et finalement nouée sous le menton du porteur". (Stone)


Le masque pouvait présenter des trous pour faire s'écouler la sueur. Ces trous sont appelés asenagashi-no-ana (ou asenagashi-no-kan)  situé sous le menton, parfois agrémentés d'un tube appelé tsuyo-otoshi-no-kubo.

 impress. sur bois - Hayakawa Kyuukei

Afin de montrer une apparence redoutable, les men yoroi portaient des accessoires exagérés tels que des verrues, des moustaches, des barbes ou des dents en or ou en argent. On leur donnait également l'apparence de démons ou d'esprits maléfiques.

   

"Ces masques étaient faits de façon à représenter des visages d'hommes, de démons ou d'animaux et étaient très intelligemment faits, les hommes âgés portant des masques de jeunes hommes et vice-versa." (Gilbertson et Kowaki)

 

Ci-après, voici les dénominations que l'on peut donner au masque en fonction de l'apparence: 


http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifAkuryo-bo - représentation d'un mauvais esprithttp://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/yasuri11.gif

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifBijo-bo - visage féminin sans dent, à la peau lisse et à la grande bouche

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifEmi-bo - masque avec un très large sourire

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifEtchu-bo (ou etchu-men, yasuri-men) -  masque strié

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifGenjoraku-bo - le genjoraku est un personnage de la mythologie indienne apparaissant dans les danses de type Bugaku et Gigaku (forme archaïque du gigaku, disparue à la période Edo)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKarasu-bo - masque avec un bec de corbeau (voir masque rouge ci-dessous)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKarura-ho - Garuda est un oiseau mythique dans la mythologie hindoue, monture de Vishnu. Il est appelé Karura en japonais. 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKorai-bo - masque de visage coréen

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKotakuraku-men - masque avec un bec de corbeau beaucoup plus long que celui du type Karasu, tombant plus vers le sol

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKuro-urushi mempo - masque laqué de noir (laque noire: kuro)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKusari-mempô - à la place du yodarekake se trouve une kusari, pièce de tissu recouverte de maillons

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifMoriyo - visage de fantôme

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifNeri-ho - masque fait de cuir bouilli et durci 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifOie-bo - type très rare de masque, qui aurait été inventé par Iwai Yozaemon

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifOkina-bo - visage de vieil home avec longue barbe et moustache (dérivé du masque de théâtre Noh)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifOnimen: masque de démon (parfois avec des crocs, comme pour le démon Hannya)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifOnna-men - visage de femme

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifRessei-men "puissance furieuse" (ou shiwa-men, shiwa = ride) - masque présentant des rides, des dents et souvent des moustaches avec une expression violente. 

             http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifNara-men - type de ressei-men, présentant de nombreuses rides sur le nez, produit massivement durant la période Nara

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifRyubu-bo - un masque présentant peu de rides, sans moustache et avec une expression sereine et noble

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifShishiguchi-men: masque dérivé du théâtre Noh représentant un lion chinois. La bouche est souvent carréeavec des crocs et une large langue rouge.

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifTengu-bo - visage de tengu, personnage mystérieux, soit avec un long nez (tori-tengu), soit avec un bec de corbeau (dans ce cas, il s'agit d'un karasu-bo)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifWarawazura - visage de garcon

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifUba-ho - visage de femme âgée, sans dents, avec une petite bouche sans ride

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/karasu11.gif

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/myochi11.jpg

Il faut savoir que les masques pouvaient être signés. On trouve notamment des signatures de Muneharu, M unehide ou  Muneakira tous de l'école Myôchin (fondée par Myôchin Munesuke). On peut voir ci-contre à droite une signature qui pourrait être celle de Munekata, forgeron qui fut employé par le clan Tsugara. Il vécut à la période Edo et était fils de Myôchin Jirobei.

Les mengu de l'école sont caractérisés par des traits typiques: pommettes prononcées, oreilles réalistes, menton proéminent et parfois exagéré, rides marquées.

On connait d'autres écoles telles qu'Iwai connue pour ses harikake-mempo et Haruta. Ces dernières se spécialisèrent dans le montage et le façonnage des armures produites par l'école Myôchin.

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/mempo_10.gif

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/termin10.gif


http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifHoshi: rivets 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifIta-yodarekake: gorgerin à 3 plates au lieu de quatre

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKuchi: bouche du masque

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifHachi-tsuke-no-ita: la plate supérieure

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifHishinui-no-ita: plate inférieure

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifOrikugi (ou "odayori-no-kugi", "ogarami", "o tasuke-no-kugi", "otayori-no-kugi","odome") : crochets ou anneaux sur le côté du masque au niveau des joues. Servaient à attacher les cordes du kabuto (shinobi-no-o).

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifUe-ge: "cheveux transplantés" - cheveux ou moustaches sur le masque faits de crins de chevaux.

Si en poils d'ours: shiro-kuma-ge (ours polaire: haguma - ours brun: shaguma). Si en poils de yak: kuchi-hige.

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifYadome: protection sur le côté contre les flèches

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/mempo_10.pngLE LACAGE DU YODARE-KAKE OU DU NODOWA

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifHi-odoshi: laçage rouge

 http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKebiki-odoshi: laçage serré

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifKon-ito-kebiki-odoshi: laçage serré bleu foncé

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifMurasaki-odoshi: laçage pourpre

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifOdoshi-ge: le tissu pour laçage

 http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifSugake-otoshi: laçage espacé


LA LAQUE (URUSHI)

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifSabi-nuri: laque imitant le fer naturel oxydé

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/puce10.gifShu-urushi: laque rouge. Cette laque permettait en se reflétant sur le visage du guerrier de lui donner un aspect plus féroce.

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/imafuk11.jpg

Imafuku Zenkuro Koretada (un des 24 généraux de la

province de Kai) mettant son mempô - British Museum

 

 

Sources

 

Secrets of the samurai: a survey of the martial arts of feudal Japan, de Oscar Ratti, Adele Westbrook

A Glossary of the Construction, Decoration and Use of Arms and Armor, de George Cameron Stone

The Watanabe Art Musuem Samurai Armour CollectionVolume I ~ Kabuto & Mengu, de Trevor Absolon

Encyclopédie technique, historique, biographique et culturelle des arts, de Gabrielle Habersetzer, Roland Habersetzer 

Oriental Armour, de H. Russell Robinson

The Ethos of Noh: Actors And Their Art, de Eric C. Rath

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 16:44

"Pareil à la rosée j'apparais

Pareil à la rosée je disparais.

Telle est ma vie.

Même la splendeur de Naniwa

N'est qu'un songe dans un songe"

Toyotomi Hideyoshi (Hideyoshi, Mary Elizabeth Berry)

 

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"Même une longue vie de prospérité n'est qu'un verre de sake

Une vie de 49 ans est passée comme un rêve

Je ne sais pas ce qu'est la vie, ni la mort

Année après année, tout n'est que rêve.

Le Ciel comme l'Enfer sont laissés derrière;

Je me tiens dans le crépuscule du clair de lune

Libéré des vapeurs de l'attachement"

Uesugi Kenshin (Zen and Japanese Culture, Daisetz Teitarô Suzuki)

 

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"Que l'on meure ou que l'on survive est la même chose

N'emmener personne avec soi est la seule différence.

Ah, que cela est plaisant! Deux réveils et un repos.

Ce rêve d'un monde fuyant! Les teintes rosées de l'aube précoce."

Tokugawa Ieyasu (The maker of modern Japan: the life of Tokugawa Ieyasu, Arthur Lindsay Sadler)

 

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"Ces jours-ci

Mes pensées les plus profondes me rappellent

Un lever de soleil automnal

Quand l'appel du cerf

résonnait à travers les champs"

Fujiwara-no-Yoshitsune (Japanese death poems, Yoel Hoffmann)

 

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"Ainsi la nuit tomba.

Hier aussi

Le soleil périclita

Derrière les pics des montagnes

Et les cloches sonnèrent"

Eifuku Mon'in (Japanese death poems, Yoel Hoffmann)

 

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"La lune dans l'eau

Un soubresaut

Et elle s'écoule."

Oshima Ryota (Japanese death poems, Yoel Hoffmann)

 

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"Sans savoir

Que mon corps repose

Sur les rochers du Mont Kamo

Mon amour m'attend."

Yosami-no-Otome (Japanese death poems, Yoal Hoffmann)

 

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"Je ne fais qu'un avec cela, cela seulement.

Vous, mes disciples

Maintenez-le fermement.

Maintenant je peux prendre ma dernière inspiration."

Daibai (Zen poems of China and Japan, Lucien Stryk)

 

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"Si nous vivions pour toujours, si les rosées d'Adashino ne disparaissaient jamais, que la fumée sur Toribeyama ne se dissipait jamais, les hommes ressentiraient peu la délicatesse des choses. La beauté de la vie réside dans son impermanence. L'homme vit le plus longtemps parmi toutes les choses vivantes - considérez l'épéhémère, la cigalle - et même une année vécue paisiblement semble longue. Cependant, pour des choses telles que l'amour du monde un millier d'années s'écouleraient comme le rêve d'une nuit."

Kenko Yoshida (Zen poems of China and Japan, Lucien Stryk)

 

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"L'issue parfaite:

Il n'y a pas de passé, présent, futur.

Aube après aube, le soleil!

Nuit après nuit, la lune!"

Getsudo (Zen poems of China and Japan, Lucien Stryk)

 

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"76 - faits

Dans cette vie -

Je n'ai pas recherché le paradis,

Je ne crains pas l'enfer.

J'étendrai ces os

Au-delà du Triple Monde

Sans passion, Imperturbé"

Shofu (Zen poetry: let the spring breeze enter, Lucien Stryk)

 

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"Je sais que moi aussi

Je peux ne pas assister à demain;

Mais aujourd'hui au moins

Alors que mon soleil ne s'est pas encore couché

Mon chagrin va à quelqu'un d'autre."

Ki no Tsurayuki (Traditional japanese poetry: an anthology, Steven Carter)

Dans ce poème, l'auteur se lamente de la mort de Ki-no-Tomonori

 

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"Pour les fleurs de cerisiers

Tomber comme de la neige

est assez triste.

Comment les brises qui soufflent

Se poposent-elles de les disperser?"

Oshikochi no Mitsune (Traditional japanese poetry: an anthology, Steven Carter)

 

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"Même à Nara -

l'ancienne cité royale

Qui est une ancienne demeure -

Les fleurs sont arrivées à éclosion

dans les couleurs du passé."

Empereur Nara (Traditional japanese poetry: an anthology, Steven Carter)

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/akashi10.jpg

Le général Akashi Gidayu écrivant un poème avant de se faire seppukku (estampe par Yoshitoshi) 

 

traductions par Shingen

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 17:55

Torii Sune'emon Katsutaka (1540 -  1575 période Sengoku) fut un ashigaru au service de la famille Okudaira, vassale des Tokugawa.


Pour en venir à l'acte de bravoure dont Torii Sune'emon fit preuve à la bataille de Nagashino, il faut au préalable expliquer le contexte de cette bataille.
Le seigneur de Torii était en 1575 Okudaira Sadamasa, fils d'Okudaira Sadayoshi. Les Okudaira étaient loyaux aux Tokugawa. Forcés de rejoindre les forces du clan Takeda vers 1572, ils rompirent pourtant cette alliance à la mort de Takeda Shingen, ce que le fils de Shingen, Katsuyori ne leur pardonna jamais. La femme de Sadamasa et son fils furent crucifiés en punition de cette trahison.
La rébéllion des Okudaira fut un des antécédents de la bataille de Nagashino. Cependant, l'intérêt principal pour Katsuyori dans cette guerre était de prendre la place forte d'Okazaki, capitale de la province de Mikawa, où se situaient les quartiers généraux de Tokugawa Ieyasu.


Le 30 mai 1575, les forces des Takeda (soit 15 000 hommes) quittèrent le fief de Kofu pour marcher vers la province de Mikawa. Cette décision prise par Katsuyori allait à l'encontre de la volonté des 24 grands généraux de Shingen, qui combattaient encore Uesugi Kenshin au nord, mais également de celle de son propre père qui avait fait promettre à ses vassaux d'abandonner son œuvre conquérante à sa mort. Le jour précédent leur départ marquait d'ailleurs la date d'anniversaire de la mort de Takeda Shingen et les hommes étaient allés prier au temple de Shingen. Cependant, la volonté irrépressible de Katsuyori de surpasser son père mena son clan à sa perte, malgré toutes les prières effectuées ce jour.
Katsuyori pensait pouvoir sérieusement battre le clan Tokugawa: il avait soudoyé dans l'administration un homme de haut rang, nommé Oda Yashiro. Ce dernier avait une telle importance dans les affaires financières des Tokugawa et une telle intégrité, que nul n'aurait pu prévoir le complot. Le château d'Okazaki étant également tenu par le fils de Tokugawa Ieyasu. Katsuyori pensait donc sa réussite certaine, Tokugawa Ieyasu étant absent. Mais avant même que Katsuyori n'arrive à Okazaki, son complot fut découvert et Oga Yashiro fut mis à mort.  Katsuyori apprit la nouvelle alors qu'il se trouvait dans les environs d'Asuke. Réalisant qu'il ne pouvait plus attaquer Okazaki, il bifurqua vers Tsukude à l'est. Arrivé au fleuve Toyokawa, il continua vers le sud. Il brûle le 13 juin les forteresses de Nirengi et Ushikubo qui faisaient office de défense pour le château de Yoshida. Arrivé à Yoshida même, quelle ne fut pas sa surprise d'apprendre que Tokugawa Ieyasu se tenait lui aussi dans la place! Ieyasu avait anticipé ses mouvements, et jugeant que le château de Yoshida serait la seconde cible de Katsuyori, il avait laissé la place forte d'Okazaki à son fils pour partir en hâte (judicieusement) avec 7000 hommes.
Il apparut vite évident que le siège de Yoshida demanderait du temps à Katsuyori, qui craignait d'être attaqué par l'arrière. Les Takeda abandonnèrent donc cette campagne et se tournèrent vers un autre objectif. Bien que répugnant à laisser les châteaux de Noda et de Tsukude derrière lui, il dirigea dès lors son attention vers la dernière place forte située sur le fleuve, espérant enfin arracher une victoire et un prix dans cette campagne mal engagée. Il s'agit du château de Nagashino, tenu par une petite garnison des Tokugawa et commandée par un ennemi haït de Katsuyori: Okudaira Sadamasa. L'intérêt tactique de cette place est des plus manifestes: elle constitue un accès au fief des Takeda et menace les lignes de ravitaillement du clan.


http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/suneem11.jpgLe siège débute le 17 juin 1575 et dure quatre jours. Les 500 hommes d'Okudaira tiennent bon. Malheureusement, les Takeda arrivent à former une brèche dans le mur d'enceinte. Okudaira est menacé par la famine. Les hommes peuvent difficilement sortir, encerclés par l'ennemi qui a tendu des filets dans la rivière afin d'empêcher toute percée.
Entre temps, Tokugawa et son allié Oda se rejoignent à Okazaki le 23 juin. Peu avant ce même jour, à minuit, un homme du nom de Torii Sune'emon va entrer dans la légende pour son héroïsme. Devant l'urgence de la situation, Torii se dévoue pour aller chercher de l'aide en franchissant les lignes ennemies. Il souhaite demander des renforts à Tokugawa Ieyasu. Torii se glisse jusqu'à la rivière le soir du 22 juin, où il se créé un passage, nageant dans le fleuve sans bruit (voir estampe de gauche, par Yoshitoshi - série "Twenty Four Parangons of Imperial Japan") et sectionnant les filets tendus dans les eaux. Le lendemain, il allume un bûcher sur le mont Gambo pour signaler à la garnison qu'il a pu passer sans encombre. Il continue ensuite son chemin pour rejoindre Okazaki. Là, il est accueilli chaleureusement et est félicité pour son geste. Il rapporte que la garnison est sur le point de tomber et qu'avant qu'il ne quitte le château, son maître Okudaira Sadamasa était sur le point de commettre seppuku pour sauver la vie de tous ses hommes. Tokugawa et Oda promettent de faire avancer leurs troupes le jour suivant.
Torii Sune'emon s'en repart pour son voyage de retour. Afin d'informer la garnison que l'aide est en chemin, il allume trois nouveaux bûchers. A ce moment là, il prend la décision de ne pas attendre les renforts sur la colline mais de retourner au château par la voie empruntée lors de son départ. Malheureusement, les Takeda avaient remarqué les bûchers brûlant sur les hauteurs et en avaient conclu que quelqu'un s'était échappé. Aussi avaient-ils décidé de tapisser les rives du fleuve de sable et d'accrocher des cloches aux filets. C'est ainsi que Torii fut repéré et capturé pour être amené devant Katsuyori.
Ce dernier se propose d'épargner Sune'emon si le soldat accepte de rejoindre les rangs des Takeda. Torii ne refuse pas l'offre, mais suspicieux, Katsuyori lui demande de prouver son allégeance en allant crier aux remparts qu'aucune aide ne doit venir et qu'il vaut mieux se rendre. Torii se place donc face aux murs, entouré d'hommes le menaçant de leurs lances, mais hurle que les renforts sont en route et qu'il faut tenir! Cette audace lui coûte la vie. On ne sait pas exactement s'il fut crucifié avant cette déclaration ou après, mais le résultat fut le même: il mourut à Nagashino.

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/crucif11.jpgL'acte de bravoure de Torii Sune'emon émut Ochiai Michihisa, vassal des Takeda (qui devint plus tard celui des Tokugawa).  Ce dernier peignit sur son drapeau l'image de Torii crucifié, image que sa famille continue à porter encore de nos jours sur son mon. Son drapeau est conservé à la bibliothèque de l'Université de Tokyo (voir photo de gauche).
Après la bataille, remportée par les forces conjointes de Tokugawa et d'Oda, la famille de Torii (qui n'était qu'un simple ashigaru, rappelons-le), fut promue et intégra la classe des samuraï jusqu'à la fin de la période Edo.
Une station de gare a également été ouverte en 1923 tout près de l'endroit où Sune'emon fut exécuté, et porte le nom de "station Torii".

 

Afin de conclure cet article, voici la traduction partielle du chapitre intitulé L'Héroïsme de Torii Katsutaka, dans le livre Monogatari: Tales from Old and New Japan, de Don C. Seitz, traitant de cet épisode (traduction par Shingen):

 

"C'était la fin du mois d'Avril dans la troisième année de Tensho (1575). Takeda Katsuyori, seigneur de Kai, sachant son ennemi féodal, Sadayoshi, absent, jugea qu'il s'agissait là d'une bonne opportunité pour attaquer son bastion; et, de ce fait, à la tête de 28 000 hommes, fondit soudainement sur le château et l'encercla. Postant ses quartiers généraux sur une colline opposée à l'entrée principale, il l'investit de tous côtés, continuant jour et nuit ses assauts contre le mur, afin qu'il puisse tomber, si possible, entre ses mains avant que le seigneur de Sadayoshi, Tokugawa Ieyasu, ou que le puissant allié de ce dernier, Oda Nobunaga, ne puisse venir en renfort.

Après deux semaines, quelques 300 hommes des défenseurs avaient été tués, ou si sérieusement blessés qu'ils étaient dans l'incapacité d'apporter une quelconque aide; et bien qu'ils avaient économisé la nourriture, il en restait à peine pour deux jours de plus. Dans cette situation critique, Sadamasa regroupa tous ses hommes et avec courage  et détermination s'adressa à eux ainsi:

"Mes hommes" dit-il, "je ne pourrais jamais trop louer votre bravoure et votre dévotion, et je vous remercie. Mais la chance est contre nous et le château doit être abandonné. Nous sommes presque à cours de munitions et nous n'avons de la nourriture que pour deux jours de plus. Envoyer de l'aide est impossible, l'ennemi guettant avec attention toute sortie. Je vais envoyer un émissaire aux Takeda demandant à ce que vous puissiez tous partir sans encombres, alors que je commettrai moi-même seppuku."

Sadamasa arrêta de parler, mais avant que le son de son discours solennel ne meure, une voix retentissante le prit au mot depuis le fond.

"Commettez-donc seppuku mon seigneur! Il est trop tôt pour parler d'une mesure aussi désespérée! Avec votre permission, je me faufilerai au-travers des lignes ennemies et mobiliserai des renforts avant qu'il ne soit trop tard."

"Est-ce Katsutaka qui parle? Mon brave ami, j'apprécie ton désir, mais l'idée est quelque peu infaisable. Comment un rat pourrait-il, et encore moins un géant tel que toi de plus de six pieds, passer à travers les lignes ennemies sans être vu, et en supposant qu'un tel miracle se produise, comment une armée pourrait-elle nous rejoindre à temps pour nous éviter de mourir de faim? Ce n'est pas sans une profonde considération que j'en suis venu à la conclusion dont je viens juste de vous informer. Ton projet est impossible. "
"Pas vraiment, mon seigneur", Katsutaka parla calmement comme un homme qui a pleinement fait son choix et qui sait ce qu'il est sur le point de faire. "Comme vous le savez, je suis bon nageur, et je suis fort. Je traverserai la rivière dans l'obscurité et me dépêcherai à grande vitesse de retrouver son Excellent le Seigneur Tokugawa, je lui exposerai notre besoin et lui demanderai l'envoi urgent de troupes pour disperser les assiégeants. J'ai bien réfléchit au problème. Je peux y arriver."

"Voilà qui est vaillamment conçu et vaillamment parlé, Katsutaka! Et bien, les maladies désespérées en appellent à des remèdes désespérés. Tu ne peux qu'échouer et nous ne nous en trouverions pas plus mal qu'avant. Vas, mon ami, et puisse la chance t'aider!" Il fit une pause, car l'émotion l'empêchait de parler; puis, retrouvant sa voix, il continua: "Si tu parviens à t'échapper comme tu l'espères, il est nécessaire que nous le sachions afin que nous tenions jusqu'à la dernière minute. Comment peux-tu nous informer de cela?"

"Facilement, mon seigneur. Je monterai au sommet du mont Funatsuki et ferai monter de la fumée comme signal. A partir de là jusqu'à Okazaki où le Seigneur Tokugawa réside il y a une distance de seulement 23 miles ou presque. Je devrais arriver à son château vers midi demain, et ayant délivré mon message repartirai sans délai".
"Et comment peux-tu nous avertir de l'arrivée de renforts?"
"A minuit, après-demain, je serai de retour et à nouveau, je vous enverrai un signal avec de la fumée. Une colonne de fumée signifiera que les troupes de Son Excellence le Seigneur Tokugawa viennent seules; deux colonnes signifieront qu'elles sont accompagnées par celles du Seigneur Oda; et trois signifieront que l'armée de Son Excellence à été rejointe par les deux seigneurs Oda – une armée alliée de trois divisions".

"Peux-tu d'une façon ou d'une autre nous informer du nombre de troupes?"

"Rien de plus facile, mon seigneur. Un tir vous dira que 10 000 troupes arrivent; deux tirs, 20 000 troupes; trois tirs, 30 000 troupes. N'ayez aucune crainte, mon seigneur. Je suis confiant dans ma réussite".

"Que le Ciel supporte ton esprit héroïque, Katsutaka! Quand proposes-tu de commencer?"

"Avec votre permission, aussi tôt qu'il fera nuit, mon seigneur. Il n'y a pas de temps à perdre. Adieu!"

"Reste, mon ami. Je vais te donner quelque chose avant que tu partes. Regardes par ici".

Katsutaka s'approcha plus près et son maître lui remit dans ses mains une boîte d'encens coûteux et un sabre de valeur.

"Cet encens est un trésor de famille, ayant été transmis par notre ancêtre, le Prince Tomohira, le septième fils de l'Empereur Murakami; et ce sabre est un autre héritage – un célèbre sabre de Sadamune. Prends ces objets comme une faible reconnaissance pour ta bravoure et ta loyauté".

Avec un profond respect le soldat reçut les précieux cadeaux.

"Votre seigneurie est trop bonne envers son humble serviteur. J'accepte votre générosité avec une profonde gratitude."

"Reste encore, Katsutaka! Je dois te témoigner mon amitié en buvant une coupe d'adieu".

Deux coupes et une bouteille de sake furent amenées. Katsutaka exécuta ensuite une danse guerrière en chantant en même temps un air martial. Il partit ensuite pour effectuer les quelques préparations nécessaires à sa périlleuse entreprise, laissant tous ceux qui étaient assemblés, officiers et hommes, pleins d'admiration pour son héroïsme.

Revêtu du plus simple appareil et avec un petit paquet emballé dans un papier huilé imperméable dans sa main, dans le calme de la nuit, Katsutaka passa la poterne d'entrée et rampa jusqu'à la rive du fleuve Iwashiro qui s'écoulait à peu de distance du château. La saison des pluies étant déjà commencée, le courant était beaucoup plus enflé et le rapide courant dans ses lacets se jetait furieusement contre les berges. Katsutaka se cacha parmi les haurs roseaux qui grandissaient sur le bord et jeta un œil inquisiteur dans chaque direction. La pleine lune, émergeant d'un tas de nuages, rendit la nuit presque aussi claire que le jour; et à son grand désarroi, l'aventurier découvrit qu'un filet de larges et fines cordes auxquelles étaient attachés d'innombrables battants avaient été tendues en travers du courant et qu'une ligne rapprochée de sentinelles était en garde sur le rivage opposé. Lorsque quelque chose venait à toucher les cordes les battants vibreraient bruyamment "gara-gara, gara-gara", et à chaque vibration, les sentinelles étaient en alerte avec des torches pour découvrir la raison du bruit.

 

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Sune'emon par Yoshitoshi


Devant cette difficulté inattendue, Katsutaka se trouva grandement surpris. Comment pouvait-il traverser la rivière en faisant face à de telles vigilantes précautions. Pour rajouter à son désarroi, il vit se balancer langoureusement dans la douce brise un umajirushi ou "insigne de cheval" ainsi qu'un drapeau, tous deux portant le blason qu'il savait appartenir à Baba Nobufasa qui était considéré le plus capable de tous les généraux vétérans de l'armée adverse.

"Je suis certainement sous une mauvaise étoile" gémit Katsutaka. "Avec Baba Nobufasa chargé de ce côté, il m'est pratiquement impossible de traverser la rivière et de passer la rive. Mais je n'abandonnerai pas sans faire de mon mieux, et il se peut que je trouve un moyen de finalement distraire leur vigilance".

Il déchira un roseau et était sur le point de le lancer dans la rivière quand il fut frappé par le fait que si la racine portait encore de la terre, le sagace Nobufasa en conclurait que quelqu'un était en train de se cacher dans le voisinage et ordonnerait à ses soldats d'effectuer une sérieuse recherche. Cela serait fatal  à son entreprise. De ce fait, il lava la boue et jeta le roseau dans le courant" […]

 

Le texte continue encore sur plusieurs pages et sa traduction ferait de cet article un long billet indigeste. C'est pourquoi je vous invite à lire le livre de Don C.Seitz, car vous y trouverez des détails intéressants (bien que le texte soit en anglais) sur les agissements de Torii Sune'emon, sur son entretien avec Tokugawa Ieyasu et sur la façon dont Takeda Katsuyori pensa berner Okudaira Sadamasa avec ses fausses lettres…

Voici tout de même les derniers mots criés par Torii Sune'emon près des remparts de Nagashino:

"Ecoutez, mon seigneur et camarades. Ce que je vous dis est la vérité. Le Seigneur Tokugawa et les deux Seigneurs Oda, avec une armée alliée de 70 000 hommes font hâte pour vous secourir. Ils seront là demain sans faillir. Les lettres-flèches sont complètement fausses. Restez confiants!"

Et la mort de Torii ne se fit pas attendre par ses paroles, mais de cela, il avait pleinement conscience.

 

 

http://i44.servimg.com/u/f44/11/14/75/51/torii_11.jpgSune'emon se tenant devant les remparts, estampe par Yoshitoshi

 


Sources:

Nagashino 1575: slaughter at the barricades, de Stephen R. Turnbull

The Samurai: a military history, de Stephen R. Turnbull

 

 

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 12:15

Les Moines et la Femme

 

Deux moines pélerins arrivèrent un jour en ville. Il y avait là une femme qui attendait qu'on l'aide à quitter sa chaise à porteurs, mais la pluie avait laissé de grandes flaques et elle ne pouvait descendre seule sans tâcher sa robe. Or, ses serviteurs encombrés de paquets ne savaient où poser leurs chargements et n'arrivaient donc à pas aider leur maîtresse qui les admonestait.

Le plus jeune moine avait remarqué la femme, mais passa son chemin sans rien dire.

L'autre moine alla l'aider et la prit sur son dos pour l'aider à traverser les flaques. Il déposa la femme au sol et celle-ci le renvoya sans aucun remerciement.

Après un temps, lorsque les moines eurent repris leur marche, le plus jeune parla, ne pouvant plus se taire.

- Cette femme, tout à l'heure, a été très égoïste et impolie. Tu l'as portée sur ton dos et elle ne t'en a pas remercié!

Le vieux moine répondit à cela:

- J'ai porté cette femme il y a des heures. Pourquoi toi continues-tu à la porter?

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 11:25

Le Moine et le Samuraï

 

Un jour, un samuraï se présenta devant le maître zen Hakuin pour lui demander:

- Y a t-il un paradis et un enfer?

Hakuin répondit:

- Qui es-tu?

- Je suis le samuraï... Mais Hakuin ne le laissa pas finir et s'exclama:

- Toi, un guerrier? Regarde toi! Quel seigneur voudrait t'avoir à son service? Tu as l'air d'un mendiant!

Le samuraï fut prit de colère et dégaina alors son sabre. Hakuin dit:

- Tu as même un sabre? Mais tu dois sûrement être trop maladroit pour me couper la tête..

Le samuraï s'apprêtait à frapper, quand le maître déclara:

- Ici s'ouvrent les portes de l'Enfer.

Devant un telle assurance, le samuraï rengaina son sabre et s'inclina. Hakuin conclut ainsi:

- Ici s'ouvrent les portes du Paradis.

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 08:25

Hakuin et l'Enfant

 

Il y avait dans un village au Japon un maître zen nommé Hakuin. Il était très connu et respecté par les habitants qui venaient souvent profiter de son enseignement.

Un jour, une jeune fille du village tomba enceinte, et lorsque ses parents la questionnèrent pour savoir qui était le père, elle leur avoua qu'il s'agissait d'Hakuin. Les parents, en colère, allèrent voir le maître zen pour lui dire qu'ils connaissaient désormais la vérité. Ils crièrent qu'ils savaient qu'il était le père de l'enfant, mais Hakuin se contenta de dire: "Ah bon?"

La rumeur se propagea ensuite à tout le village. La réputation d'Hakuin en souffrit et plus personne ne vint le voir. Seuls les parents de la jeune fille lui rendirent visite, une fois l'enfant venu au monde. Puisqu'il était le père, ils lui laissèrent le nouveau né pour qu'ils s'en occupe. Le maître ne dit rien et prit grand soin de l'enfant pendant un an.

Après ce temps, la jeune fille eut du remord. Elle avoua alors avoir menti et déclara que le père était en fait un jeune homme qui travaillait chez le boucher. Les parents en furent alarmés. Ils allèrent rapidement voir le maître zen pour s'excuser. "Nous sommes vraiment désolés, et somme venus reprendre l'enfant, car notre fille nous a dit que vous n'étiez pas son père". Et Hakuin répondit: "Ah bon?"

 

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Avez-vous compris ce conte zen?

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 17:17

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Quoi de mieux que la Dernière Déclaration de Torii Mototada pour ouvrir ce nouvel article? En complément du sujet qui lui est consacré dans la section 'Guerriers Célèbres', voici quelques nouveaux passages tirés de sa lettre, qui avec une conviction inébranlée, donnent à la loyauté une place essentielle dans la vie du guerrier.
"Toi, Tadamasa (son fils), devrait bien comprendre ce qui suit. Nos ancêtres ont été les vassaux personnels des Matsudaira pendant des générations. Mon père, le gouverneur d'Iga, a servit le seigneur Kiyoyasu, et à travaillé plus tard loyalement pour son fils, Hirotada. Mon frère aîné, Genshichiro, a prouvé son absolue loyauté et fut tué à la bataille de Watari.
Quand le seigneur Ieyasu était un enfant et fut envoyé à Suruga, le gouverneur d'Iga l'accompagna en tant que gardien. Plus tard, à l'âge de 19 ans, Ieyasu revint à Okazaki, et le gouverneur d'Iga le servit avec une loyauté insurpassée, vivant plus de 80 ans avec une volonté indéfectible. Le seigneur Ieyasu, pour sa part, considéra le gouverneur comme un vassal inégalé.
[…]
Si tu gardes à l'esprit d'être sincère en sacrifiant ta vie pour ton maître, tu n'auras pas la moindre crainte ou tremblement même lorsque des catastrophes imminentes et innombrables surviendront". 


Il est évident à la lecture du texte complet que la remise en question de la relation seigneur/vassal n'est pas envisageable. Ici, Torii rappelle comment sa famille à toujours servi les Matsudaira, et cette position qui lui semble toute naturelle, est la relation qui pourrait très bien exister entre un père et son fils, innée et immuable. Le lien entre le serviteur et le seigneur est accepté, même plus que cela: il est inhérent au statut de vassal et permet la survie du clan. Torii établit clairement à la fin que ses descendants doivent absolument continuer à servir leur seigneur et le clan en toutes circonstances, dans les bons comme les plus mauvais moments de l'histoire. Cet amour porté au seigneur permet de comprendre le sacrifice fait par Torii, qui finalement n'est pas une renonciation douloureuse à la vie, mais un don volontaire en remerciement même de l'honneur qui est fait au guerrier de pouvoir servir ou mourir pour un maître.
Cet état, qui se rapproche de la relation parent/enfant est mis en avant par de nombreux autres auteurs et sources, classiques ou contemporains.


Selon Yoshida Shoin, "Tous les êtres humains devraient être bien conscients de la raison pour laquelle l'homme diffère des oiseaux et des bêtes. L'homme seul possède les cinq relations humaines (entre dirigeant et sujet, père et fils, mari et femme, entre frères et entre amis). Les plus importantes d'entre elles sont les relations entre gouvernant et sujet et entre père et fils. De ce fait, l'homme est homme en raison de sa loyauté et de sa piété filiale".
Ou encore: " Tous ceux qui sont nés en notre Empire doivent connaître la raison pour laquelle il est appelé le Grand Empire du Japon. Notre Dynastie Impériale n'est-elle pas quelque chose qui a survécu depuis des temps immémoriaux en une seule lignée ininterrompue? Les Vassaux de Sa Majesté ont reçu leur domaine d'une génération à une autre. Les dirigeants ont nourrit le peuple, et de ce fait, nous devons les en remercier pour cela, et nous en sommes leurs débiteurs. Les dirigeants et le peuple sont une seule unité. La loyauté au dirigeant et la piété filiale aux parents sont une seule et même chose. Dans ce monde, notre pays est le seul à posséder ce trait de caractère. Puisque la lignée impériale est telle depuis le début, notre loyauté doit également être maintenue pour toujours. Amano-oshihino-Mikoto a dit 'Celui qui meurt pour son seigneur ne meurt pas en vain'."
(extraits du livre Yoshida Shoin - Forerunner Of The Meiji Restoration, de Henricus van Straelen) 


Yoshida Shoin fut un des acteurs principaux du mouvement de 1868 qui renversa le shogunat pour instituer la Restauration de Meiji. Exécuté à l'âge de 29 ans pour avoir comploté un assassinat envers le shogun, il écrivit avant de mourir: "Pour que le pays de mon Dirigeant (l'Empereur) puisse apprécier la paix – Je donnerais volontiers ma vie"


La dévotion est ancrée dans le cœur des japonais. Yukata Hibino l'avait déjà déclaré dans son livre Learning the Sacred Way of the Emperor: The national ideals of the Japanese people:
"C'est le principe actif de loyauté et de piété filiale qui vitalise le peuple du Japon." 


Par ailleurs, on peut trouver dans les travaux de William Elliot Griffis une analyse de la piété filiale et de la loyauté, si intrinsèquement liées, dans The Religions of Japan:


"Au Japon, la loyauté supplante la pitié filiale.
[…]
En cela repose la différence entre la philosophie éthique chinoise et japonaise. Dans l'ancien Japon, la loyauté était placée au-dessus de l'obéissance filiale, et l'homme qui abandonnait parents, femme et enfants pour le seigneur féodal était couvert de louanges. La pierre d'angle de l'édifice japonais en matière de vertu personnelle et de prospérité publique, est la loyauté.

[…]
Cette passion envers le maître de la part du samurai typique de l'ancien Japon lui faisait considérer la vie comme valant vraiment peu de chose, quand à tout moment le devoir demandait un étalage de la vertu de loyauté. 'Les doctrines de Koshi et Moshi (Confucius et Mencius) formaient, et forment encore peut-être pour le gentilhomme japonais, le canon et la quintessence de toute la sagesse mondiale; elles sont devenues la base de son éducation et l'idéal qui a inspiré ses conceptions de devoir et d'honneur; mais ce qui surpassait toutes ses doctrines et ses aspirations était son désir d'être loyal. On pouvait respecter les relations maritales, filiales, fraternelles et toutes autres, mais la plus grandes d'entre elles était la loyauté ". 


On remarque que Griffis fait référence à la philosophie chinoise. Tout comme pour la vertu de sincérité, on retrouve les racines de la conception japonaise de loyauté dans les pensées du confucianisme. Plusieurs auteurs s'y réfèrent.

Dans Handbook to life in medieval and early modern Japan, de William E. Deal:
"Le système de valeur confucéen met l'accent sur la loyauté (chu), un concept étroitement lié à la piété filiale. Dans le Japon médiéval et au début de l'époque moderne, la loyauté était particulièrement associée à la relation réciproque, mais hiérarchique, entre un supérieur et un subordonné. Un guerrier, par exemple, était obligé de servir son seigneur, même jusqu'à la mort, en échange de la protection du seigneur. Au Japon, une telle loyauté était observée à la fois dans la culture guerrière et dans le gouvernement organisé en fonction d'une série de relations hiérarchiques remontant jusqu'au shogun, pour lequel la loyauté était considérée comme la plus haute vertu".  


Plus précisément encore, Francis Fukuyuma développe la relation qui existe entre la conception japonaise et la conception confucéenne. Trust: the social virtues and the creation of prosperity:
"La doctrine confucéenne comprend un grand nombre de différentes vertus, et stipule que ces vertus peuvent avoir des implications importantes pour les relations sociales du monde. Par exemple, sur les cinq vertus dans le confucianisme chinois orthodoxe, la bienveillance (jen), ou la bonne volonté que le peuple ressent naturellement dans la famille, et xiao, ou la piété filiale, étaient d'une importance centrale. La loyauté est aussi une vertu dans le confucianisme chinois, mais elle est plus considérée comme une vertu individuelle que sociale: on est loyal à soi-même et à ses propres croyances, pas à une source d'autorité politique particulière. De plus, pour les chinois, la vertu de loyauté devait être tempérée par la vertu de justice, ou de droiture.
Vraisemblablement, si une source externe d'autorité exigeant la loyauté agissait de façon injuste, le besoin de jen ne nécessiterait pas une obéissance aveugle.
Toutefois, quand le confucianisme fut importé et adapté aux conditions japonaises, le poids relatif de ces vertus changea considérablement. Dans un document typique de l'interprétation japonaise du confucianisme, l'injonction impériale aux forces armées établie en 1882, la vertu de loyauté s'est élevée au premier rang, et la vertu de bienveillance fut complètement retirée de la liste. De plus, la signification de loyauté se modifia subtilement par rapport à son sens chinois. En Chine, il y avait un sens éthique que chacun avait un devoir envers lui-même, c'st-à dire, des standards de comportement personnels auxquels on devait se conformer et qui servaient d'équivalent fonctionnel à la conscience individuelle occidentale. La loyauté envers un seigneur devait être conciliée entre ce devoir  et ses propres principes. Le devoir envers un seigneur au Japon, par opposition, avait un caractère beaucoup plus inconditionnel".


Concernant ce fameux édit de 1882, Deepak Lal y fait référence dans Unintended Consequences: The Impact of Factor Endowments, Culture, and the rhetoric of history in Japan, France, and the United States:
"Morishima a souhaité identifier les mutations dans la doctrine confucéenne qui se sont effectuées quand la doctrine arriva au Japon depuis la Corée. Citant l'Edit Impérial adressé aux soldats et marins en 1882, il note:
'Dans ce document cinq des vertus confucéennes sont accentuées – loyauté, formalisme, bravoure, foi et frugalité…[Par opposition] dans l'armée de Chiang Kai-shek les éléments principaux pour un esprit soldatesque étaient la sagesse, la foi, lé bienveillance, la bravoure et la rigueur; dans l'ancienne dynastie de Silla en Corée, les qualités stipulées pour les soldats…étaient la loyauté, la piété filiale, la foi, la bienveillance et la bravoure. Seules la foi et la bravoure sont des vertus communes aux trois pays. La bienveillance est commune à la Chine et à la Corée, mais n'est pas mentionnée dans le cas du Japon. La loyauté est commune au Japon et à la Corée mais n'apparaît pas dans la liste des vertus de la Chine…Au Japon, c'était la loyauté plutôt que la bienveillance qui en vint à être considérée comme la vertu la plus importante. …la loyauté coordonnée avec la piété filiale et le devoir envers ses aînés, formaient la trinité qui régulait dans la société les rapports hiérarchiques basés respectivement sur l'autorité, les liens de sang et l'âge' ".

 

Pour Tani Tateki, "dans notre pays, lorsque nous  organisons l'enseignement, nous faisons de la loyauté et de la piété filiale ses bases".


Pourquoi tant d'importance donnée à ces deux vertus? Lorsque l'Empereur Meiji se rendit en 1878  dans des écoles des régions de Tokai et de Hokuriku, il fut stupéfait de constater l'influence grandissante de la pensée occidentale, et demanda à son tuteur, Mototada Eifu (un confucéen), de lui résumer son point de vue:
"L'essence de notre éducation, notre but national traditionnel, et une devise pour tous les hommes, est d'expliquer la voie de la bienveillance, de la justice, de la loyauté, et de la piété filiale, et de maîtriser la connaissance et le savoir-faire et, au-travers de ceux-ci, de poursuivre la Voie de l'Homme. De nos jours, les gens ont été aux extrêmes. Ils se sont imprégnés d'une civilisation étrangère dont les seules valeurs sont la collecte de faits et la technique, violant ainsi les règles des bonnes manières et nuisant à nos manières coutumières. Bien que nous cherchions à assimiler les meilleures caractéristiques de l'Occident et à mettre les nouvelles choses en ordre pour atteindre les hauts buts de la Restauration de Meiji – abandon des pratiques indésirables du passé et apprentissage du monde extérieur – cette procédure a un sérieux défaut: elle réduit la bienveillance, la justice, la loyauté et la piété filiale à une position secondaire. Le danger d'une émulation hasardeuse des manières occidentales est qu'à la fin notre peuple oubliera les grands principes gouvernant les relations entre dirigeants et sujet, et père et fils. Notre but, basé sur nos enseignements ancestraux, est seulement la clarification de la bienveillance, de la justice, de la loyauté et de la piété filiale.
Pour la morale, l'étude de Confucius est le meilleur guide. Les gens devraient cultiver la sincérité et la conduite morale, et après cela ils devraient se tourner vers l'enrichissement en différents sujets d'études en accord avec leurs capacités. De cette façon, la moralité et le savoir technique reviendront à leur juste place. Quand notre éducation est basée sur la Justice et la Doctrine du Milieu, nous devrions être capables de nous montrer fiers à travers le monde, d'être une nation d'esprit indépendant".

 

Nourrir les vertus du confucianisme semble être nécessaire à tout homme, surtout dans des temps comme aujourd'hui. Je laisse chacun essayer de trouver une morale aux paroles de Mototada Eifu. Quelques mots pour la fin cependant à ceux qui ne trouvent pas d'intérêt à cultiver ces vertus ancestrales, et en l'occurrence celle de loyauté:  


"…on devrait savoir qu'on obtiendra certainement la divine protection des kami et des bouddhas"
(Le Message de Maître Gokurakuji)


"…bien que privé de mérites et d'honneurs immédiats, notre acte de loyauté peut cependant influencer les gens, même mille ans plus tard." Yoshida Shoin


(traductions par Shingen) 

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 14:20

Selon l'Hagakure, la conduite du Samouraï devait être:
- de ne jamais traîner derrière et se laisser distancer dans la pratique du Bushido;
- de toujours être loyal et dévoué au service de son seigneur;
- d'honorer ses parents.

(traduit de l'édition SQUAREONE CLASSICS - Bushido, The Way of the Samuraï, édité par Justin F. Stone)

  

 

Pour parvenir à cet accomplissement de soi-même (permettant de juger efficacement de l'instant présent ou encore de mépriser la crainte de la mort), le guerrier devait nourrir sept vertus.

Voici une sélection d'extraits qui permettront d'appréhender une de ces sept vertus: MAKOTO. J'ai préféré reporter des passages de différentes sources, plutôt que de me perdre en explications personnelles.

Avant cela, voici rapidement un aperçu du kanji MAKOTO (prononcé ainsi en KunYomi, ou SEI si prononcé en OnYomi)

 

 

 

On trouve dans le kanji les radicaux suivants:

no – gauche

ka – lance/hallebarde, armes, flotter…

gen – parler

 

Voici des termes approchant, composés de ce kanji:

chuusei : fidélité

seii : sincérité

 

En chinois, l'idéogramme 'chéng' est apparenté au 'makoto' japonais:

Les radicaux qui le composent sont les suivants:

yan

ge – arme ancienne, (hache, dague), armes en général, guerre, lance

Le concept chinois de 'chéng' est abordé dans le Da Xue ("Grande Connaissance") et le Zhong Yong ("Doctrine du Milieu"), qui sont des classiques confucéens (voir notes de fin sur ces œuvres)

 

Makoto était le kanji porté par les membres du Shinsengumi sur leurs vestes bleu pâle.

 

 

 

 

Pour commencer, voici des œuvres contemporaines dans lesquelles on trouve des explications qui se rejoignent souvent.

Dans le livre "Shinto: At the Fountainhead of Japan" de Jean Herbert, la sincérité est une qualité essentielle, car elle sous-entend la pureté du cœur, principe suprême du Shintoïsme.

 

Voici ce qu'il est dit en page 52 (traduction de l'anglais par Shingen):

 

"Celle sur laquelle il est fortement mis l'accent est la pureté, bien que ce soit plus un état qui doive être réalisé par ou avec l'aide de vertus plutôt qu'une vertu elle-même.

[…]

En ce qui concerne les véritables vertus individuelles, la vertu essentielle est sans aucun doute makoto, la sincérité. Au 17° siècle, Nobuyoshi Wataraï écrivit: 'la sincérité parfaite est le principe suprême du Shintô'.

Le terme makoto, qui apparaît si souvent dans le Shintô moderne, est normalement traduit par sincérité, mais il signifie bien plus que ce qui est généralement sous-entendu par le terme anglais. On lit dans le Kokutaï-no-hongi: 'Le cœur sincère est le la manifestation la plus pure de l'esprit de l'homme…La sincérité veut dire que des paroles sincères deviennent de vrais actes…Que ce qui est prononcé par la bouche doit être manifesté en actions… La source d'où proviennent la beauté, la bonté et la vérité est la sincérité'. Selon un théologien éminent, son sens original est "vérité", pas dans l'idée d'une abstraction pure, d'une loi universelle, mais ayant une valeur individuelle, concrète applicable à chaque acte ou fait particulier. Il recouvre en particulier l'honnêteté, la véracité et l'assiduité. C'est en servant les Kami avec makoto que l'homme peut se conformer à la volonté des Kami. 'L'état de kannagara est appelé makoto'.

 

'Makoto est une approche sincère de la vie avec tout son cœur, une approche dans laquelle rien n'est rejeté ou traité avec négligence. Elle découle d'une conscience du Divin. C'est la réaction humble, résolue qui s'élève en nous quand on touche directement ou indirectement aux œuvres des Kami, qu'on sait qu'ils existent, et qu'on a l'assurance de leur présence près de nous'.

[…]

Une des sectes modernes les plus puissantes du Shintô nous enseigne: 'La Sincérité est l'attitude d'un esprit éveillé qui a été purgé des huit poussières (contamination morale) et détaché du destin malveillant'. (Tenri-kyô-kôyô).

[…]

Pour en revenir à makoto, je suppose qu'on peut dire qu'elle est composée de shôjiki, ou tadashiki-nahoki, l'honnêteté, c'est-à dire le prudent refus de 'l'erreur en parole ou en acte'. Le véritable sens du mot japonais est 'correct et docile' ". 

 

 

Ensuite, dans le livre "Watsuji Tetsurō's Rinrigaku" de Tetsurō Watsuji et Robert Edgar Carter, voici ce que l'on peut trouver concernant la définition de Makoto (page 326) (traduction de l'anglais par Shingen):

 

"Une troisième vertu, sur laquelle insiste Watsuji, est makoto ou sincérité.  Que l'on lise des textes chinois ou des textes japonais, le Confucianisme, le Taoisme, le Bouddhisme chinois, ou n'importe quelle source japonaise, la sincérité est toujours au premier plan. La sincérité signifie que les paroles deviendront des actes, que ce que l'on dit on le fera, que l'on joindra l'acte à la parole, et ainsi de suite. Watsuji décrit makoto comme étant la racine de la véracité, de l'honnêteté, et de la fiabilité, une attitude ouverte de confiance mutuelle sur laquelle toutes les autres relations humaines sont basées. La sincérité demande de l'implication dans tout ce que l'on fait. Il s'agit d'une véritable piété, qui résulte du fait d'avoir un sens du divin et de montrer une réelle bienveillance envers les enfants et ceux que l'on aime, de la fidélité envers ses amis, de la loyauté envers ceux à qui on doit où on est supposés montrer de la loyauté, et de l'amour envers ses voisins.

La sincérité est le refus prudent de l'erreur en parole ou en acte et la minutie à conserver son esprit intouché par la souillure du désir égoïste, la haine, la rancœur, ou le matérialisme. Makoto mène au wa ou harmonie de groupe. Il implique la solidarité, une solidarité dans le sentiment de communauté qui se manifeste par la paix, la bonne volonté et le bonheur."

 

"The spiritual foundations of aikido" de William Gleason. On trouve en page 81 une citation de Morihei Ueshiba, pour qui le makoto était l'expression d'un "esprit immaculé"

 

"Le terme makoto exprime la plus haute vertu de l'humanité. O-sensei a dit:

'Makoto est l'échange et le fait de donner de l'amour sans hésiter. S'il se perd, nigitama est mort'.

 

Nigitama est l'esprit d'harmonie, de matérialisation et de prospérité. C'est le pouvoir qui assure des bonnes relations humaines par le biais de la considération  et de l'aménité. Il produit les qualités de la grandeur: la modération des émotions, la magnanimité, un état d'esprit détendu et souple, et un pouvoir à la fois physique et mental."

 

Un poème de O-sensei en page 21 se réfère à cette qualité:

 

"Touché par le Coeur-juste (makoto)

Entrainez et approfondissez votre compréhension intérieure […]"

 

En page 21, nous avons un autre paragraphe:

"La plus grande vertu du guerrier est makoto, ou simplement, ma: être sincère envers soi-même et les autres. C'est l'origine du aiki. Cela demande de vivre l'instant, au-delà de la conceptualisation ou de la motivation égoïste. C'est la sincérité et l'honnêteté; voir les choses telles qu'elles sont."

 

Voici une rapide citation du livre "The chrysanthemum and the sword: patterns of Japanese culture", de Ruth Benedict (page 218):

 

"Makoto est constamment utilisé pour faire l'éloge une personne qui n'est pas égoïste".

 

 

"The living way: stories of Kurozumi Munetada, a Shinto founder" de Willis Stoesz (page 31):

 

"La sincérité totale, la dévotion filiale totale est la dépendance intérieure complète en Amaterasu et l'absence totale d'individualisme. Cela signifie de n'agir d'aucune autre façon que celle exprimant l'action transcendante d'Amaterasu. Toute la bonté (toku), tout le bien-être, s'écoule de la totale sincérité. La sincérité doit être présente en chacun afin que la Voie puisse être accomplie dans le monde en général. La totale sincérité est la présence d'Amaterasu agissant en toute circonstances concrètes, c'est le principe par lequel le monde trouve son bien-être".

 

 

Le "Handbook to life in medieval and early modern Japan" de William E. Deal stipule en page 224:

 

"La sincérité (makoto; parfois traduite par 'véracité') est une valeur confucéenne centrale. Le terme se  réfère à l'idée d'être sincère à sa propre nature. A la fois le ciel et l'humanité ont en leur cœur la sincérité, mais les êtres humains doivent cultiver la sincérité pour réaliser complètement cette vertu. La sincérité dénote généralement la le fait de cultiverun esprit et un cœur sincères par lesquels on peut subir une purification et vivre harmonieusement selon la voie du ciel".

 

 

 

Dans cette dernière citation, on peut trouver un écho aux pensées de Itô Jinsaï, philosophe confucéen du 17° siècle, pour qui la nature de l'homme n'est pas bonne de façon inhérente, mais l'homme a cependant la capacité de le devenir par un pratique quotidienne. Dans ses écrits du Gômo Giji, il précise que la "sincérité est la tête et le cerveau des enseignements des sages (seigaku no zunô), et le but de tous les étudiants du confucianisme (gakusha no hyôteki). […] La sincérité est la voie des sages (seijin no michi)". Itô Jinsai précise aussi que "Sans sincérité, la piété filiale, la déférence fraternelle, la loyauté, et la fiabilité seraient impraticables. La Doctrine du Milieu explique 'sans sincérité, il n'y a vraiment rien' (makoto narazareba mono nashi) ".

On remonte ici aux écrits classiques, dans lesquels la sincérité (chéng) occupe une place importante. En effet, dans le Zhongyong (Grande Connaissance - canon du confucianisme, dont une partie est attribuée à Confucius même) il est dit (et est cité par Itô dans le Gômo Giji): "Celui qui souhaite rectifier son esprit, doit d'abord rendre ses idées sincères (sono i o makoto ni su)." La Sincérité est transmise par le Ciel à tous les êtres. Il s'agit de la racine du comportement humain, sans laquelle on ne peut être qualifié d'homme. L'homme doit rechercher le bien par la recherche de la connaissance, et doit la conserver en son cœur pour que cette sincérité soit placée au centre de tous les actes et pensées.

Enfin, le Daxue (Doctrine du Milieu) met en corrélation la culture morale de l'être avec l'harmonie générale dans l'état et la société. Or, cela est conditionné par la volonté des hommes (comme le dit Itô Jinsai), qui doivent vouloir étudier le monde (ge wu), pour pouvoir atteindre la parfaite connaissance (zhi zhi) avec laquelle ils seront à même d'atteindre la sincérité (cheng yi). La paix et la prospérité des hommes et de l'état en découleront.

 

Il y a sûrement bien d'autres sources sur lesquelles on pourrait s'appuyer pour parler de la vertu qu'est Makoto. Ces lignes suffiront peut-être à éclairer certains d'entre vous sur ce que doit être le comportement d'une personne sincère.

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 14:06

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puce.gif SAMURAI WARFARE, de Stephen Turnbull - CONSULTER

 

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puce.gif HAGAKURE, de Yamamoto Tsunetomo - CONSULTER

 

puce.gif A SHORT HISTORY OF JAPAN - FROM SAMURAI TO SONY, de Curtis Adressen - CONSULTER

 

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