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BUSHIDÔ

BUSHIDÔ : Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé –, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est évident que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 12:30

Le personnage de Torii Mototada est emblématique. En lisant les lignes qu'il écrivit quelques jours avant la bataille du château de Fushimi, j'ai été frappé par sa force de caractère. Ses écrits inspirent un profond respect et son obstination à défendre le bastion confié par Tokugawa Ieyasu changea le cours de l'histoire.

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~ emblème des Torii ~


Né en 1539 dans la ville d'Okazaki (province de Mikawa) durant la période Sengoku, Torii Mototada est le fils de Torii Tadayoshi qui fut longtemps le vassal de Matsudaira Hirotada, seigneur du château d'Okazaki et père de Tokugawa Ieyasu (né Matsudaira Takechiyo).
Hirotada avait passé la plus grande partie de sa vie à repousser les avancées militaires du clan Oda, ainsi qu'à déjouer les complots politiques des Imagawa. D'ailleurs, la question d'accepter la domination de ces derniers fut longtemps sujet à controverse chez les Matsudaira, si bien que cela provoqua en 1536 l'assassinat du père de Hirotada, Matsudaira Kiyoyasu, par Abe Yashichi (ou encore appelé Abe Masatoyo) vassal même de Kiyoyasu. Hirotada finit par pencher envers les Imagawa, les préférant aux Oda, ce qui eut comme conséquence de pousser de nombreux membres du clan à finalement rejoindre les Oda. En 1548, le clan des Oda attaqua Mikawa, obligeant Hirotada à demander assistance à Imawaga Yoshimoto. Yoshimoto accepta, à la condition que Hirotada envoie son fils, Takechiyo, comme otage à Sumpu, la capitale des Imagawa. L'enfant fut donc envoyé sur la route avec d'autres jeunes hommes, mais fut capturé par Oda Nabuhige sur le chemin de Suruga. Le jeune Tokugawa fut alors confiné dans le château de Kowatari, en Owari, et menacé de mort durant son séjour afin de faire pression sur son père afin qu'il renonce à ses liens avec les Imagawa et se rallie aux Oda. Hirotada ne céda pourtant pas et répondit à son ennemi que la mort de son fils ne ferait que renforcer ses liens avec les Imagawa. Aucun mal ne fut fait alors à Takechiyo et les plans de Nobuhige furent déjoués.
L'année d'après, en 1549, Hirotada et Nobuhige décèdent tous les deux. Les Matsudaira se retrouvent sans maître. Le clan Oda s'en retrouve affaibli. Imagawa envoit alors son oncle Sessai pour prendre Anjo, une ancienne forteresse des Matsudaira où habitait alors Oda Nobuhiro, l'aîné de Nobuhide. Sessai encercla bien Anjo, mais plutôt que d'attaquer il marchanda avec Oda Nobunaga, le deuxième fils de Nobuhide, en lui assurant qu'Anjo et Nobuhiro seraient épargnés si Takechiyo était relâché. Ainsi, le fils de Hi

HkkkkkKKKKKKKKHirotada fut libéré et amené à Sumpu avec un an de retard.

 

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C'est lors de sa captivité que le futur shogun eut comme page le jeune Torii Mototada. Lorsque plus tard Takechiyo quitta les Imagawa et unifia la province de Mikawa, Mototada le servit encore, cette fois en tant que général. Torii prit la tête de sa famille en 1572, à la mort de son père Tadayoshi qui avait été conseillé et administrateur des finances au château d'Okazaki. Là, en attendant le retour du jeune Takechiyo, Tadayoshi avait secrètement amassé vivres et fournitures, restant donc loyal tout ce temps aux Matsudaira.
Il est donc normal que Takechiyo et Torii restèrent toujours très proches. Mototada participa à toutes les grandes compagnes de Tokugawa Ieyasu. Il combattit notamment à la bataille de
 Mikata-ga-hara (bataille de la "Plaine de Mikata", où s'opposèrent les forces alliées de Tokugawa Ieyasu et Oda Nobunaga  contre les forces de Takeda Shingen. Là, l'assaut de Takeda brisa les défenses adverses, obligeant Ieyasu à battre en retraite. Tokugawa survécut en raison de la réticence de Shingen à tenir le siège de Hamamatsu, le quartier général de Ieyasu) ou encore à la bataille de Suwahara où il fut blessé à la jambe, ce qui lui valut par la suite des difficultés pour marcher.  De même, il participa à la bataille de Nagashino et à celle contre le clan Hojo, où avec seulement 2000 hommes, il vainquit les 10 000 hommes de l'ennemi, ou encore au siège contre le clan Sanada, au château Ueda en 1585.

Mais son plus grand fait d'armes, qui est aussi le dernier, est celui auquel il participa entre le 17 août et le 8 septembre 1600. Cette année est connue pour la bataille de Sekigahara (nommée ainsi car ayant eut lieu près du petit village de Sekigahara), où Tokugawa Ieyasu remporta la victoire contre Mitsunari Ishida qui servait les Toyotomi, s'ouvrant ainsi la voie du shogunat. 

Il faut savoir que sans le sacrifice de Mototada Torii, Tokugawa Ieyasu n'aurait probablement pas pu rejoindre sa compagne de l'est pour organiser ses forces et finalement aboutir à la bataille de Sekigahara en octobre.


Au mois d'août de l'année 1600, Torii fut informé par des espions qu'une armée de 40 000 combattants écrasaient tout sur leur passage dans leur marche vers le château de Fushimi (aussi appelé Momoyama-jô). Cette place forte avait été construite entre 1592 et 1594 à la demande de Toyotomi Hideyoshi, mais fut détruite par un tremblement de terre. Hideyoshi ordonna sa reconstruction mais mourut avant de le voir terminé. Aussi le château fut prit par Ieyasu qui le confia à Torii Mototada.
Les forces d'Ishida Matsunari encerclèrent ce château à partir du 27 août où se déroula donc la bataille du château de Fushimi (Fushimijoo no tatakai). Ieyasu qui s'y était arrêté le 25 août, devait en partir le lendemain avec ses troupes pour se rendre à l'est et regrouper un plus grand nombre de soldats. Son avancée ne fut rendue possible que par la volonté de Mototada Torii de défendre le château.
Tokugawa estimait les défenses du lieu trop faibles, avec une garnison de seulement 2000 à 3000 soldats. Torii refusa cependant de s'en aller, déclarant que le lieu tomberait dans tous les cas, même si défendu par dix fois plus d'hommes. Ainsi, il couvrit la retraite de son maître en tenant ce dernier bastion et Ieyasu partit, conscient de la mort inévitable de son ami.
Submergées par l'armée adverse, les forces de Torii tinrent le siège pendant dix jours, contre toute attente, défendant obstinément la place forte. Mais leurs efforts furent anéantis quand un traitre, dont la femme et le fils avait été menacés de crucifixion par Ishida, mit le feu au château. A ce moment, les hommes de Mototada lui suggérèrent de se suicider, ce que Torii refusa. Déclarant qu'il était alors temps de payer Tokugawa Ieyasu en retour pour la gentillesse et la générosité que son maître lui avait toujours témoigné, Mototada sortit avec les 200 hommes qui lui restaient et chargea cinq fois contre les forces ennemies. A la fin, il resta seul avec dix hommes près de lui et, percé de nombreuses blessures, tomba au château de Fushimi le 8 septembre 1600.
Epuisé, Mototada Torii s'écroula donc de fatigue près du château et s'assit un instant sur les marches pour se reposer. Un jeune samouraï du nom de Saiga Shigetomo s'approcha de lui avec une lance, dans l'intention de rapporter sa tête. Mais Torii l'interpellant et découvrant lui-même l'identité du survivant, le samouraï attendit là respectueusement que le général se fasse seppuku. Puis le jeune homme lui trancha la tête. Les forces de Torii furent donc anéanties jusqu'au dernier homme, mais les troupes de Matsunari perdirent toutefois 3000 soldats. Les forces restants purent continuer leur route pour affronter quelques temps plus tard à Sekigahara la gigantesque armée que Tokugawa Ieyasu avait réussi à lever (soit 90 000 hommes).


L'acte de loyauté de Mototada Torii a marqué les faits japonais. Sa chute est un exemple de dévouement et l'annonce de sa mort à Tokugawa Ieyasu bouleversa grandement ce dernier.
Les écrits que Torii laissa à son fils, et qu'il composa quelques jours avant la fin sont tout autant empreints d'émotion que de détermination. Ils sont le testament d'un homme qui dédia sa vie entière au service d'un maître et pour qui le désir suprême était de lui sacrifier sa vie sur le champ de bataille.
Dans la déclaration adressée à son fils Tadamasa, Torii décrit comment sa famille a servit les Matsudaira pendant des générations, et comment son frère
Genshichiro fut tué à la bataille de Watari. Torii y demande également à son fils de prendre en charge ses jeunes frères.

Voici quelques passages marquants de sa lettre, d'où ressort en permanence la volonté de sacrifice:


"For myself, I am resolved to make a stand within the castle and to die a quick death.
[…]
I will stand off the forces of the entire country here, and, without even one one-hundredth of the men necessary to do so, will throw up a defense and die a resplendent death. By doing so I will show that to abandon a castle that should be defended, or to value one's life so much as to avoid danger and to show the enemy one's weakness is not within the family traditions of my master Ieyasu.
[…]

It is not the Way of the Warrior to be shamed and avoid death even under circumstances that are not particularly important. It goes without saying that to sacrifice one's life for the sake of his master is an unchanging principle. As this is a matter that I have thought over beforehand, I think that circumstances such that I am meeting now must be envied by people of understanding.
[…]
Because lord Ieyasu is well aware of my loyalty, he has left me here in charge of the important area of Kamigata as Deputy of Fushimi Castle while he advances toward the east, and for a warrior there is nothing that could surpass this good fortune. That I should be able to go ahead of all of the other warriors of this country and lay down my life for the sake of my master’s benevolence is an honor to my family and has been my most fervent desire for many years.
[…]
They
(les jeunes frères de Tadamasa) must be determined to stand with Lord Ieyasu’s clan in both its ascent and decline, in times of peace and in times of war; and either waking or sleeping they must never forget that they serve his clan and his clan alone.
[…]
Be first of all prudent in your conduct and have correct manners, develop harmony between master and retainers, and have compassion on those beneath you." 

 

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LE CHATEAU DE FUSHIMI EN IMAGES http://www.qwiki.com/q/#!/Fushimi_Castle

LE SIEGE DU CHATEAU EN IMAGES http://www.qwiki.com/q/#!/Siege_of_Fushimi

 

NOTE: après l'incendie qui eut lieu au château de Fushimi, les restes furent démantelés et certaines parties furent conservées puis envoyées dans sept temples situés principalement dans la région de Kyôtô. Les temples de Hosen-in, Shoden-ji, Yogen-in ou encore Genko-an ont donc été rénovés avec des parties de cette forteresse, plus précisément certains parquets. Ces parquets ont été réutilisés pour tenir lieu de plafonds car l'on trouve encore sur le bois les marques et empreintes de sang de samuraï ayant combattu à Fushimi, et il n'était pas question de perdre ni d'abîmer ces témoignages du passé. Ces plafonds sont appelées "chitenjo", signifiant "plafond de sang". Voici quelques photos, où l'on peut respectueusement admirer les empreintes qui ont survécu au temps. Quoi de plus réel pour nous rappeler les événements de ces périodes troublées?

 

Temple Genko-an: http://www.flickr.com/photos/phaedrusredux/340568901/in/set-72157594446178459/  

http://www.flickr.com/photos/christianbergmeister/2075696302/

Temple de Shoden-ji: http://kyoto.asanoxn.com/places/nishikamo/shodenji_pnotos/phsdj220.htm

Templede Hosen-in: http://kazenotabi-kyoto.com/encyclopedia-jinjabukkaku/housenin.html

Empreinte de pied: http://plaza.rakuten.co.jp/bukitbintang/diary/201104070000/

Autre: http://undeuxmaristaff.seesaa.net/upload/detail/image/chitenjo-thumbnail2.jpg.html

 


Sources:
"The Last Statement of Torii Mototada", dans le livre "Ideals of the Samuraï", de William Scott Wilson

"The Samurai: a military history" de Stephen R. Turnbull

"Sekigahara 1600: the final struggle for power" de Anthony J. Bryant

 

Lectures conseillées:

"The maker of modern Japan: the life of Tokugawa Ieyasu", de Arthur Lindsay Sadler

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 13:55

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Published by Shingen - dans Japonais
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 12:41

Voici une explication que l'on peut trouver dans le "Dictionnaire Historique du Japon, volume 2", de Seiichi Iwao (au repère 105, page 2275, éditions Maison Franco-Japonaise Maisonneuve & Larose):

 

 

 

"Un rônin est un guerrier qui a quitté son suzerain et qui ne possède pas de terres. On peut trouver aussi comme graphie 浪人 mais dans ce cas le sens peut être aussi quelque peu différent. Rônin ou furônin 浮浪人 désignait au cours de la période ancienne les « fuyards », c’est-à dire les paysans qui avaient quitté la glèbe où les registres fiscaux les connaissaient pour s’installer ailleurs sur une autre terre.

Le terme rônin désignant le guerrier sans attachement vassalique se confondait à l’origine avec la notion de prisonnier (rôrônin 牢 ?人) qui désignait les guerriers qui avaient été limogés de leur fonction, dont on avait confisqué la terre et qui avaient été jetés en prison. On constate un nombre accru de ces rônin au cours des guerres pendant les époques Muromachi et Sengoku. A cette époque, certains rônin aventuriers se plaçaient par pur arrivisme auprès d’un seigneur, dans l’espoir de se faire remarquer de lui par ses exploits guerriers et d’être récompensé. Les seigneurs de la guerre (sengoku-daimyô) notamment attiraient auprès d’eux les rônin des pays voisins.

A l’époque d’Edo, le sens de rônin ne se modifie pas. On note cependant un emploi plus fréquent de la graphie 浪人 à partir de la seconde moitié du 17° siècle.

A partir de l’époque d’Edo, les rônin finissent par poser un problème social important. Leur nombre s’accroît

 considérablement du fait des mesures politiques prises par le shôgunat à l’encontre des daimyô. Plus de 220 familles seigneuriales sont anéanties ou considérablement diminuées au cours du début du 17° siècle : certaines se sont en effet ouvertement opposées à Tokugawa Ieyasu lors des batailles de Sekigahara (1600) ou lors du siège d’Osaka (1615) ; d’autres ont refusé d’obéir  aux nouvelles  réglementations mises en place par le régime, auquel cas le daimyô a  pu être de force déplacé de ses terres par le shôgun et fieffé sur un domaine plus  étroit. Quel que soit le cas de figure, la réduction du nombre des familles seigneuriales capables d’entretenir  l’ensemble de leurs vassaux était suffisamment importante pour qu’une cinquantaine de milliers de rônin soient recensés à l’époque. Il faut ajouter également comme cause du développement numérique de ces rônin, les  interdictions du christianisme : en effet, un nombre non négligeable de guerriers qui s’étaient convertis au christianisme et avaient abjuré se retrouvaient sans suzerain.

Autre cause à cet essor de ces catégories de guerriers marginaux, les mentalités  guerrières elles-mêmes : depuis l’époque Sengoku se répand(ent) des comportements au sein de la classe guerrière, différents des comportements traditionnels médiévaux. L’esprit du bushidô, un certain goût pour la mortification, aboutissent à des conduites  d’échec volontaires. Certains guerriers en désaccord avec leur suzerain ou ayant estimé avoir commis une faute renoncent d’eux-mêmes à leurs liens de vassalité et se  font rônin. Un proverbe de l’époque ne disait-il pas qu‘un vrai guerrier fieffé doit avoir été au moins sept fois rônin dans sa vie’?

Enfin, il ne faut pas oublier non plus des causes d’ordre légal (en particulier liées aux questions d’héritage). Si la liberté était reconnue au seigneur de prendre dans sa vassalité un guerrier rônin, il était interdit à un rônin « licencié » par son seigneur ou s’étant séparé volontairement, d’être repris par lui. Ceci faisait partie de ce qu’on appelait le buke hôkô kamai, véritable code de conduite du recrutement et du service des guerriers.

Les codes de conduite du service des guerriers apparaissent parfois déjà dans les règlements des ‘lois provinciales’. On les retrouve sous Toyotomi Hideyoshi, et le shôgunat d’Edo a hérité de ces dispositions.

 A l’origine, il était interdit de reprendre à son service un rônin qui avait été condamné   pour un délit : ceci fut d’ailleurs retenu dans la proclamation des règlements officiels régissant la classe guerrière (buke shohatto de 1632 et 1635) et de nombreux daimyô  adoptèrent des mesures identiques dans le cadre de leur propre fief.

Pour ces nombreux rônin se retrouvant dans une société enfin stabilisée et pacifiée au   début du 17° siècle, il était très difficile de trouver un autre emploi. La politique de fermeture du pays imposée par le shôgunat excluait de leur part toute tentation pour des aventures outre-mer. Aussi leurs revendications et leurs espoirs devinrent de ce fait dangereux pour les pouvoirs établis.

Les rônin subissaient aussi une sorte de discrimination concernant l’habitat : il leur était interdit de résider dans les monastères, dans les quartiers de samuraï ainsi que dans les résidences bourgeoises. Dans les villes, ils devaient bénéficier d’un garant et ceci devait être reconnu par le préfet aux affaires urbaines (machi-bugyô). On sait qu’en 1648 à Osaka les dispositions concernant les rônin en ville étaient particulièrement draconiennes.

En plus de ces restrictions diverses, la pacification du pays rendait les seigneurs peu enclins à recruter dans leur vasselage de nouveaux guerriers sans maîtres. Aussi les conditions de vie de ces derniers se dégradèrent-elles très vite. Certains finirent par se suicider. Un grand nombre d’entre eux participèrent aux opérations militaires du début de l’époque d’Edo : le siège d’Osaka ou la répression des paysans chrétiens insurgés à Shimabara. Nombreux furent ceux aussi qui, mécontents, participèrent au complot de Yui Shôsetsu (1651). Le résultat fut en tous cas sur le moment un renforcement des mesures répressives concernant les guerriers sans mâitre.

Ce n’est finalement que sous Tokugawa Ietsuna, époque considérée comme celle de l’achèvement des institutions du régime d’Edo, que l’attitude des autorités vis-à-vis des rônin commença à se relâcher. Les nouvelles mesures visaient surtout à faire diminuer leur nombre.

Une réforme du système d’adoption d’enfants par les daimyô fut entreprise : ceux-ci désormais avaient l’autorisation d’adopter une personne même s’ils avaient moins de 50 ans dans le cas où ils n’avaient pas d’héritier. Cette mesure tendait à limiter les changements de fiefs en cas d’absence d’héritier et donc à éviter de créer de nouveaux rônin.

Mais surtout parmi les mesures d’apaisement à l’égard des samuraï sans maître, il faut rappeler l’assouplissement du système de contrôle de résidence : les rônin pouvaient habiter n’importe où à condition que leur propriétaire, leur aubergiste, ou l’organisation de voisinage de quartier (goningumi, « groupe de cinq ») en fasse la déclaration au préfet des affaires urbaines. Le shôgunat assouplit aussi les conditions faites aux rônin pour retrouver un seigneur et les daimyô agirent dans le même sens si bien qu’un certain nombre de rônin put retrouver du service.

Un grand nombre de rônin fut contraint d’exercer des activités diverses pour assurer leurs moyens d’existence à eux et à leur famille : ainsi nombreux furent ceux qui devinrent maîtres d’armes, qui enseignaient les principes de la stratégie, qui devinrent lettrés spécialisés dans les étides confucéennes, hommes de lettres, médecins, maîtres  d’école, et transmirent leur savoir à leurs enfants créant ainsi des familles au savoir spécialisé parfois à l’origine d’iemoto. Il est à remarquer que beaucoup d’intellectuels célèbres de cette époque sont issus du milieu des rônin : les philosophes Yamaga Sokô et Ogyû Sorai, le conseiller néo-confucianiste Arai Hakuseki, les poètes Nishiyama  Sôin et Bashô, le dramaturge Chikamatsu Monzaemon etc… Des attitudes critiques relatives à la condition faite aux rônin persistèrent jusqu’à l afin du shôgunat, visibles dans les prises de position de personnages comme Yamashita Kônai, Yamagata Daini, Fujii Umon, Hayashi Shihei. Par ailleurs, les difficultés financières rencontrées par ces rônin faisaient de certains d’entre eux de véritables vagabonds et même des délinquants.

Dans les dernières années du shôgunat, nombreux étaient les samuraï qui avaient rompu leurs liens avec leur seigneur, et, devenus rônin, militèrent pour la cause xénophobe et pro-impériale (sonnô jôi). Les rônin étaient nombreux dans  l’administration du nouveau régime Meiji."

 

 

On constate ici que l'auteur emploie 牢 人comme graphie principale.

La plus courante, que l'on trouve beaucoup sur Internet, est celle composée de l'idéogramme "vague" ( 浪人). Or, selon Seiichi Iwao, cette graphie là est postérieure à la notion orthographiée sous la forme 牢 人. Iwao précise que le mot "rônin", dont l'écriture se rapproche de celle de "furônin", serait un équivalent à ce dernier terme et qu'ils furent tous deux employés au début dans le même sens.

C'est l'idée qui se dégage du livre "The Cambridge History of Japan, volume 2". On trouve tout au long du texte l'emploi du terme "vagabond" (dans le texte original en anglais: "migrants") associé à celui de "rônin" ou "furônin".

Page 206:

"Les Officiels devaient faire plus attention à recenser les vagabonds (fûronin) pour être sûrs que les personnes exploitant les fermes dans les domaines dits shoen  n’échappent pas au paiement des taxes ."

Page 262

"A la très grande variété d’autochtones bénéficiant de certains degrés d’exemption de taxes doit être ajouté ceux qui ne sont pas recensés, où recensés séparément, les vagabonds (rônin) […] "

Traductions par Shingen

De nombreux autres passages y font encore référence, je ne les reporterai pas ici.

Il faut donc se rappeler que le premier sens donné à "rônin" était bien celui de "paysan ayant fui son domaine pour échapper aux taxes", et non celui d' "homme de la vague".

 

 

Pour une autre explication du mot rônin, voir le livre "Age des Héros, Age des Guerriers - Géographie Sacrée et Corporelle du Guerrier avant l'ère Meiji", par Florence Braustein, éditions l'Harmatta, page 106:

"Les Rônin, terme qui signifie "homme vague", désigne une catégorie de samuraï sans maître, sans dépendance, qui peuple le Japon surtout pendant la période des Tokugawa (1603-1868), moment où ils sont estimés au nombre de 400.000. La  dictature des Tokugawa jette le désarroi au sein des clans et beaucoup de leurs membres avaient quitté leur position sociale pour rejoindre le rang des guerriers. Au contraire, certains autres cherchent à retrouver de n’importe quelle manière leur ancien statut. Enfin, une grande partie des Rônin est également issue du bas de l’échelle sociale. Avant le X° siècle, ce terme était essentiellement réservé aux paysans qui ont abandonné leur terre devant l’importance des impôts à payer. Devenir Rônin pouvait être aussi un choix. Le fils d’un samuraï peut, s’il le décide, rester guerrier indépendant, et opter pour le statut de rônin. La fonction de Samuraï éliminée progressivement, ils n’avaient souvent plus d’autres solutions que de se convertir en rônin. L’enseignement du Bujutsu leur permettait de gagner leur vie et c’est pour cette raison que bon nombre d’entre eux étaient à l’origine des écoles de techniques de combat, les Ryû. Les Heimin, les fermiers, les engageaient parfois pour assurer leur protection, en tant que gardes du corps, mais aussi pour leur enseigner l’art de se défendre. Marginalisés et difficiles à maîtriser, leur réputation devint  exécrable. Lors de la période Momoyama (1573-1598), ils prennent l’habitude de se regrouper autour des grandes villes en bande et sèment le désordre et la discorde. En 1858, lorsque les puissances occidentales souhaitent résider dans la capitale        shogunale, Edo, ils terrorisent tous ceux qui veulent entrer en contact avec elles. Pourtant, ils deviennent dans la littérature japonaise un abondant sujet d’inspiration quant à leurs exploits de toutes sortes. En effet, beaucoup les rejoignent selon des hasards divers, imposés par la vie, pas seulement par désarroi, mais aussi en vue de venger leur maître."

 

 

RONIN et RORONIN

- rou/ran: vague - déambuler, errer

- nin/jin: homme

Homme qui déambule et qui est ballotté, comme pris par la houle ou la vague de la mer.

- rou: prison

 

NOTE: Je n'ai pas réussi à trouver l'ensemble des idéogrammes composant le terme rôrônin, le deuxième symbole étant presque illisible pour moi.

 

 

                                             

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Concernant l'acception furônin, le Dictionnaire d'Iwao nous donne de plus amples informations (page 663, entré 181):

"Le terme de furô ou furônin littéralement signifie errant. Selon le commentaire du code Ryô no shûge, chapitre relatif aux foyers (koryô), on désignait sous ce nom les individus éloignés de leur domicile légal, c’est-à dire du lieu d’enregistrement de leur famille, mais connus des autorités et donc astreints aux corvées (kaeki ou kayaku), et on les distinguait des tôbô ou fugitifs, individus éloignés de leur domicile légal mais devenus complètement ignorés des autorités et donc n’accomplissant aucune corvée. Les fonctionnaires enregistraient les furô dans des registres particuliers, les registres des individus résidant mais non domiciliés dans la province (furô-chô). A partir du moment où les registres d’état civil (koseki) et de la population (keichô) furent établis sous le règne de Tenchi tennô, le terme de furô apparut : la première mention dans les Chroniques du Japon (Nihon-shoki) se rapporte à l’année 670 […] "

 

Selon Craig Risser, de l'Université de Colombie Britannique:

"Depuis le tout début, les paysans résistèrent au contrôle qui leur était imposé par le système de ritsu-ryô, par un moyen plus direct : la fuite. Ils emportèrent avec eux tout ce qu'ils avaient et quittèrent la région  où ils étaient recensés et où ils avaient reçu des parcelles de terre. Les personnes qui agirent ainsi furent appelées furônin."

 traduction par Shingen

 

Dans "Capitalism from Within" de David L. Howell, University of Colombia Press, page 157:

"‘Vagabonds’ (furônin) était une description fréquente des familles de pêcheurs du fait de leur refus de s’établir dans un mode de vie agricole respectable.”

traduction par Shingen

Les furônin s'opposaient au dojin (土人) qui restaient eux recensés dans les registres locaux.

 

FURONIN

- fu: vagabond, exclu, clochard - traîner

 

DOJIN

- do: terre, argile, sol

Ici, idée de l'homme qui est resté sur sa terre.

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Termes voisins que l'on peut rencontrer dans la littérature:

 

TENJIKU-RÖNIN: rônin pauvre.

 

Voir la définition du livre "Le Discours d'Ogyû Sorai sur le gouvernement - une traduction annotée", par Olof G. Lidin, page 273, volume IV:20:

"Il arrive souvent que les hommes qui n’ont pas de fils ni de petit-fils se retirent.   Ainsi, la lignée familiale est brisée et ils deviennent des samuraï errants sans domicile (tenjiku-rônin)."

 

En page 274, une précision est faite: ce terme semble s'appliquer à des guerriers venus d'Inde. Il est dit:

"Tenjiku-rônin ou rônin d’Inde, était un homme à la dérive ou un vagabond sans  domicile. Cela peut aussi être un jeu de mot quand les deux caractères de chikuten,  (fugueur’), sont inversés. Le terme est trouvé dans la littérature de l’époque Tokugawa"

 

Le livre "India and Japan - Friends of Fourteen Centuries", de Chaman Lal, appuie cette idée:

"Ces indiens étaient appelés Tenjiku-rônin (samuraï indien sans maître). Il est évident que du sang indien coule dans les veines des japonais." 

 traductions par Shingen

 

 

ROSHI: terme plus élégant concédé par les autorités, à la place de rônin.

Dans ce cas, il désignait des samuraï rassemblés en une milice. Ces roshi rejoignaient alors des roshi-tai, groupes de roshi au service du gouvernement - voir le livre de Stephen Turbull "The Samuraï Sworsman: Master of War", éditions Tuttle Publishing, page 184:

"Avec des assassins dans les rues, le Protecteur de Kyoto avait besoin de ses propres assassins, aussi une armée virtuelle d’épéistes "loyaux et patriotiques" fut expédiée  d’Edo à Kyoto avec l’instruction de restaurer la loi et l’ordre dans la capitale impériale. Dans un précédent extraordinaire, les hommes ne furent  pas recrutés parmi  les propres hommes du shogun, mais parmi des rônin et des hommes n’appartenant pas à la classe samuraï. Les autorités qui les enrôlèrent, toutefois, préférèrent le titre plus splendide de rôshi à celui de rônin "

traduction par Shingen

 

 gif2.gif

 

Pour connaître l'oeuvre d'Ogata Gekko et la série d'estampe des 47 rônin, visitez ce site:

http://ogatagekko.com

 

Quelques estampes d'Utagawa, sur la série Chushingura:

http://www.47ronins.com/image-gallery.html

 

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 15:21

Voici une fiche .pdf sur la classification des sabres par la société N.B.T.H.K.

Merci de me signaler toute erreur ou complément d'information.

 

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 10:07

Les termes de BUSHI et SAMURAÏ sont souvent employés dans le même sens, mais attention, ils n'apparaissent pourtant pas à la même époque. De ce fait, ils désignent des types différents de personnages dans l'histoire du Japon. 

Le terme "bushi" apparaît au plus tard au VIII° siècle et provient d'origines chinoises.

Etymologiquement, il découle peut-être du terme ici romanisé en Pinyin "wu shi" composé de deux idéogrammes qui ont le même sens dans les deux langues: 武士. Le premier pour “martial, militaire, guerre” (que l’on retrouve par exemple dans le titre chinois de l’Art de la Guerre - 孙武兵法 - de Sun Tsu), le second pour “guerrier, chevalier”.
Le terme bushidô peut d’ailleurs être traduit en chinois par “wǔ shì dào” selon les mêmes idéogrammes en japonais
  武士道.
Dans le livre de William Scott Wilson (voir la section Bibliographie, Ideals of the Samuraï – éditions Black Belt), on trouve un passage très intéressant en page 16 sur l’étymologie du terme bushi.

Voici une partie du texte traduit:
“En japonais, il y a plusieurs termes qui s’approchent de la signification de guerrier, mais le plus proche dans l’emploi et le sens est certainement le terme bushi. En décomposant l’idéogramme bu , il révèle le radical  , signifiant “arrêter” et une abréviation du radical  “lance” […].
Le radical shi d’un autre côté semble avoir originellement désigné une personne qui effectue une fonction ou a une capacité dans un domaine.” 

 

 



Le premier texte à faire référence au statut de guerrier est le Shoku Nihongi, qui est une continuation du Nihon Shoki, faisant partie des Six Histoires Nationales, chroniques officielles rapportant les événements survenant à la Cour Impériale entre 697 et 771 (du règne de l’Empereur Mommu à la dixième année du règne de l’Empereur Kamu). Dans un extrait couvrant l’année 721 (volume 8 du Shoku Nihongi), il est stipulé que : “les hommes de lettres et les guerriers sont ceux que la Nation estime”.  
Voici la phrase, où l’on peut distinguer le mot bushi dans la première partie :

続日本紀』より 養老五年正月甲戌条
また、詔して曰はく、「文人・武士は国家の重みする所なり。医卜・方術は古今、斯れ崇ぶ。百僚の内より学業に優遊し師範とあるに堪ふる者を擢(ぬきいだし)て、特に賞賜を加へて後生を勧め励すべし」とのたまふ。



NOTE : merci au Japanese Historical Text Initiative, de l’université de Berkeley, Californie, qui m’a fournis cette partie du texte en version japonaise.

D’ailleurs, toujours selon William Scott Wilson, le terme bushi pouvait être traduit par “un homme qui a la capacité de préserver la paix, soit par les lettres, soit par des moyens militaires, mais de façon prédominante par ce dernier moyen”. (éditions Black Belt, page 16)
L’appellation fait donc référence à l’idée d’un guerrier-poète, que l’on traduit communément de nos jours par “guerrier gentilhomme”. C’est à cette époque le seul terme utilisé pour désigner un guerrier japonais.

 

 



Vers le 10° siècle, un autre terme apparaît. Dans le Kokinshu, anthologie impériale de poèmes, on trouve une référence au terme “saburau” (provenant à l’origine de “saburatu”), signifiant, “escorter un noble ”, dont le substantif, on le sait, est “saburai” – traduit par “servir” ou “rester à côté de”.
En chinois, l’idéogramme
(pour samuraï en japonais) était un verbe signifiant “attendre ou accompagner une personne dans les hauts rangs de la société”.
Voici le poème concerné du Kokinshu (poème n°1091):
misaburai                       oh guardsman remind             
mikasa to môse              your master to wear his hat -              
miyagi no no                   here on Miyagi                                  
ko no shita tsuyu wa       Moor the dewdrops fall from the   
ame ni masareri              trees more heavenly than rain
(anonyme)


Source: Kokinshu: A Collection of Poems Ancient and Modern – Translated and Annoted by Laurel Rasplica Rodd, with Mary Catherine Henkenius (éditions Cheng & Tsui Company, 2004, page 372)

NOTE: (la traduction dans le livre de William Scott Wilson est différente – page 17 :
Attendant to nobility
Ask for your master’s umbrella
The dews neath the trees of Miyagi
Are thicker than rain.)


Les hommes d’armes dits “saburaï” désignent à cette époque les gardes de la cour impériale et de la haute noblesse. On retrouve bien en effet dans le poème le mot “guardsman” qui signifie en français “garde”, ou “attendant” dans l’autre traduction, qui peut être traduit par différentes entrées selon le contexte : gardien, préposé, surveillant. Il y a ici un rapport de féodalisation à un seigneur plus marqué que dans le statut du bushi.

En page 18 du livre de Stephen Turnbull  “The samuraï – a military history” (éditions Routledge Curzon), il est mentionné à l’appui : “ (le terme) bushi, quoiqu’il en soit, n’implique pas une relation maître-servant, et peut être considéré comme un terme général pour un combattant ou un guerrier” (traduction de l’anglais par Shingen).

Dans le Dictionnaire Historique du Japon, volume 2 (par Seiichi Iwao, en page 2340, éditions Maison franco-japonaise de Tokyo), il est suggéré pour le mot “samuraï” que : “le mot à l’origine semble n’avoir désigné que les gardes armés formant l’escorte qui appartenait à des rangs de noblesse égaux ou inférieurs au sixième. Ce n’est pas avant l’époque Kamakura que le terme désigne aussi des membres de la noblesse qui tiennent ces rangs à la Cour. Avec la naissance de la classe guerrière, les hauts personnages comme l’empereur retiré ou la famille régente dite Sekkan, apprécient l’habileté des guerriers dans le métier des armes et ont fini par appeler samuraï ceux qui formaient la garde rapprochée des Grands avant que le mot ne vienne se confondre avec le terme général de bushi. Autrement dit, le samuraï au sens primitif du terme désigne un statut particulier sans aucun rapport avec le bushi qui s’adonne aux affaires militaires.”

De même, à nouveau dans le livre de Stephen Turnbull, “The Samuraï – a military history” (encore en page 18), l’auteur établit que “la signification originale de samuraï n’avait aucune connotation militaire, mais la définition du samuraï a considérablement changé durant l’histoire japonaise.” (traduction de l’anglais par Shingen).
Le terme samurai existe donc bien avant l’époque pré-moderne, mais ne fait que désigner un homme au service de la cour, d'un noble ou d'une administration. C'est donc un serviteur et non un homme d’armes. Il n’appartient pas à une famille guerrière. Les deux termes bushi et samuraï ont cependant bien coexisté avant d’être confondus.

A la période Edo, sous le shogunat des Tokugawa, le terme "bushi" va disparaître.
Au XVII° siècle, les Tokugawa réorganisent la société en cassant le système féodal instauré durant la période Kamakura. En effet, au XII° siècle, le bakufu ou gouvernement militaire (“gouvernement sous la tente”, dirigé par le shogun) avait institué le système des gokenin : le bakufu accordait des terres aux chefs de clans guerriers, en échange de leur obéissance et fidélité. C’était la période de féodalisation des bushi.
Mais à la période Edo, la paix est instaurée et dès lors, les bushi ne sont plus rattachés à la terre. Ils ne reçoivent en récompense plus que des pensions.
Ils deviennent des fonctionnaires. La classe des "samuraï”, remplace la classe guerrière des "bushi" n’ayant plus lieu d’être après l’unification du Japon.

Enfin, la classe des “samuraï” va disparaître en 1876, date de l’interdiction du port du sabre (par décret impérial dit hato rei) pour toute personne extérieure à l’armée. La finalité guerrière, utilitaire et sociale du sabre disparaît avec les derniers fonctionnaires qui pouvaient encore porter le daisho. Les samuraï ne bénéficient plus de privilèges et le terme ne désignera plus que l’ancienne classe disparue face à l’occidentalisation du pays. Terme qui sera bien souvent mésusé par amalgame avec les précédents hommes d’armes de l’histoire du pays.

Pour toute information complémentaire, n’hésitez pas à me contacter. Merci de me signaler toute erreur dans l’article.

 

  

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 15:28

Voici un article qui je l'espère s'avérera le plus clair et le mieux renseigné possible.

D'après les informations du livre SAMOURAÏ, de Mitsuo Kure, voici une synthèse du chapitre 28 (complétée par d'autres informations) pour connaître l'évolution de l'armure vers le style oyoroi et ses caractéristiques.

 

 ~ NOMENCLATURE DE L'OYOROI (à venir - selon le livre de Mitsuo Kure) ~

 

Jusqu'à la période Nara, deux types d'armures étaient principalement utilisés (datant de la période Kofun - III° et VIII° siècle).

 

Un petit descriptif de ces armures est nécessaire:

 

le type tankô (IV° - VI° siècle) se caractérise par son maintien au niveau des hanches. Sur la photo suivante, on distingue la forme évasée du plastron qui se resserre vers la taille.

L'armure s'ouvrait sur un côté, pivotant sur des charnières.

Concernant la fabrication, le plastron était formé de plaques horizontales en bronze le plus souvent, rivetées entre elles sur une armature. Le tout était noué avec des lanières de cuir sur le devant, solidement maintenu au buste (voir photo 2).

Au niveau des bras, on trouvait des plaques couvrant les épaules et les biceps. La jupe était formée d'étroites plaques mais les jambes n'étaient pas protégées.

De ce fait, ce type rigide et serré d'armure était surtout adapté aux fantassins portant épées et lances en rangs serrés.

 

 

 

le type keikô se différencie du modèle tankô par son maintien au niveau des épaules grâce à des cordelettes de coton.

L'armure s'ouvrait sur le devant.

Lorsque les chevaux furent introduits au Japon depuis le continent, les cavaliers devinrent plus nombreux et nécessitèrent un nouveau type d'armure. Ce modèle répondait mieux aux besoins de la cavalerie, constituée en majorité d'archers.

Il s'inspire des armures chinoises des époques Tang notamment, mais aussi d'un modèle de construction coréenne. Les lamelles ("sane") étaient minces et faites de bandes de fer ou d'acier flexible, lacées par des lanières de cuir ou rivetées entre elles  pour former ds plaques semi-rigides. Cette armure était renforcée au niveau de la poitrine et des hanches par une seconde rangée. L'ensemble était complété par une protection aux épaules et au cou, et d'une jupe encore rigide arrivant à mi-cuisse.

 

  

 

A partir du VIII° siècle, l'importance de la cavalerie amena l'altération du modèle keikô pour aboutir à un nouveau style: le yoroi, parfois appelé oyoroi ("grande armure") dont le poids atteignait à peu près les 30 kilos.

 

L'évolution de ces armures vers l'oyoroi est la suivante:

 

concernant le KABUTO: le casque à bec de perroquet frontal (style "shokaku" ou "shokaku tsuki", présentant une protubérance à l'avant, et en forme de bateau renversé) fut modifié pour aboutir au casque à segments assemblés dit "ibako shi kabuto", orné de gros rivets ("hoshi") maintenant entre elles les plaques de métal. Il présentait déjà des "fukigaeshi" destinés à protéger les joues par les ailettes recourbées vers l'extérieur. Bien plus tard, les fukigaeshi seront complètement rabattues vers l'arrière, plaquées sur le casque.

Une visière ("maebashi") est rajoutée au bol plus conique.

La partie dite "shikoro" couvre la nuque et les côtés du cou contre les flèches, presque à la verticale.

Sous le casque est porté le bonnet "eboshi", puisque les kabuto ne présentaient pas de doublure. Le casque est maintenu sur la tête par des cordons d'attache, passés dans quatre trous dits "hibiki on ana". Au sommet du casque, on trouve un trou ("tehen") pour la ventilation et laisse passer le chignon ou les cheveux. Ce style restera sensiblement le même jusqu'à la période Kamakura, avec quelques variantes esthétiques au niveau des ornements, tels que le kuwagata.

NOTE:  il existait avec le shokaku tsuki un autre style de casque dit "mabizashi tsuki" (voir image 1 de l'armure keikô) à la visière très avancée et à l'ornement distinctif au sommet.

 

 

 

au niveau du BUSTE: au niveau des aisselles et des clavicules, la partie connue sous le nom de "sendai no ita" fut divisée en deux. Une plaque large et flexible apparaît à droite, formée par trois rangs de "kozane" (formes de sane), conserve l'appellation "sendai no ita". Elle protège l'aisselle de l'archer exposée lors du tir qui demande un ample mouvement. Une partie plus longue et étroite est placée à gauche et appelée "kyubi no ita" (kyubi = queue de pigeon), en fer. Ces parties forment des petits "sode" de protection attachés aux bretelles du devant ("watagami").

 

 

 

au niveau des CUISSES: la jupe est divisée en quatre tassettes ("kusazuri") permettant de monter à cheval plus aisément. Une des parties et le "wakidate".

 

au niveau des BRAS: on trouve désormais des "sode" qui partent des épaules et descendent jusqu'aux coudes, servant de boucliers.

 

concernant les LAMELLES: elles sont faites soit de cuir durci, soit de métal. Le tout était laqué pour éviter de rouiller et de casser en raison de l'humidité de l'été.

Elles sont percées de trous dans lesquels étaient glissés les lacets permettant de les attacher les unes aux autres. Elles se chevauchent, avec parfois une alternance cuir/métal.

Au milieu de l'ère Heian, elles se rétrécissent: 7.5cm/3cm

A l'ère Kamakura: 7.4cm/2cm

 

Compléments sur l'oyoroi:

 

Ce style d'armure conserve un vestige du modèle keikô dans le laçage en lignes droites verticales, dit laçage "kebiki odoshi" ("laçage complet"). Le tressage est fourni et épais, ne présentant aucun espacement. Ce laçage est très compliqué, et part de la gauche vers la droite lorsque l'on tient les lamelles côté face tourné vers soi. Il existe des variantes au style kebiki odoshi, effectué en "nawame garami" qui est un laçage en diagonales.

 

 

 

Les armures ultérieures du XV° siècle présenteront une méthode plus rapide et économique, dite "sugake odoshi" (voir ci-après). Nous ne sommes plus dans ce cas à la période Heian et le modèle d'armure a encore changé.

 

 

 

L'armure oyoroi se compose de plusieurs parties:

- la première, dite "tsubo ita", est la partie de la cuirasse couvrant le flanc droit (partie autonome). Elle est prolongée par une des quatre kusazuri, le wakidate.

 

- l'autre partie est le "dô" enveloppant le reste du buste et couverte de kozane. Ces sane sont assemblées de manière verticale par du cuir et forment de longues bandes horizontales. Les trois autres parties de la jupe y sont rattachées.

La face avant de cette partie fut recouverte de cuir décoré (le "tsurubashiri") pour éviter d'accrocher la corde de l'arc aux kozane. Cela est logique dans la mesure où les archers tiraient au niveau de leur poitrine et non des oreilles, qui étaient protégées par le large kabuto.

Avant le XIII° siècle, les armures ne présentaient qu'un seul "kote", placé sur l'épaule gauche, le bras droit devant être libéré de tout entrave pour le tir. A partir du XIII° siècle, les kote vont aller par paire. Ils étaient placés sur l'armure, attachés par de longues lanières de cuir. On plaçait ensuite le wakidate par dessus. Ces deux pièces accompagnées du "nodowa" (protège gorge) et des gants "suneate" constituaient la petite armure "kogusoku", que portaient les samuraï dans les camps militaires.

 

Très lourde, encombrante et chère, l'oyoroi restait peu appropriée pour les fantassins et tout soldat non aristocrate. De ce fait, un autre modèle fut élaboré pour cette classe guerrière, le style dômaru, léger et dégagé au niveau des épaules. Ce type d'armure, avec le modèle haramaki, fera l'objet d'un prochain article.

 

 

Pour trouver plus d'informations sur ce sujet, je conseille vivement de consulter le site d'Anthony J. Bryant (en anglais) déjà cité sur le blog, concernant les types d'armures et toutes leurs caractéristiques: www.sengokudaimyo.com

Pour ce qui est des livres (toujours en anglais), voici une liste très intéressante de ce que vous pouvez trouver comme support d'étude: www.satcho.com/katchu-armor.html ou encore www.toriilinks-editions.com (en anglais et en français) dont l'un des ouvrages expose la collection Stibbert de Florence.

 

 

Pour toute erreur dans ces lignes, merci de me contacter. Vous pouvez également apporter des suppléments d'informations qui seront bienvenus.

 

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 13:37

Voici une nouvelle occurrence du terme BUSHIDÔ et des valeurs qui en découlent, trouvée dans le livre intitulé AÏKIDÔ - Un art martial, une autre manière d'être (André Protin, éditions Dangles). Je ne retranscris pas ici l'ensemble du paragraphe, relativement long. Vous pourrez trouver l'intégralité du texte en page 42.

 

"La théorie confucianiste sur les relations entre les individus dans la société confirmait la position du shogun et consolidait son pouvoir. Elle fut à l'origine du bukyo, sorte de credo du guerrier en même temps qu'elle définissait la "voie", le shido; les deux devant par la suite se réunir dans ce que nous connaissons mieux sous le nom de bushidô. Ce code d'honneur du samouraï mettait le bushi (ou homme de guerre) à la totale disposition du maître, qu'il devait servir d'abord en sa qualité de guerrier, allant jusqu'à lui sacrifier sa vie, ensuite en tant que sujet ne devant s'interroger ni sur la nature ou la valeur, ni même sur les conséquences de l'ordre reçu ou de la mission à accomplir.

 

http://i34.servimg.com/u/f34/11/14/75/51/samour11.pngObéissance aveugle, certes, qui ne souffrait pas le moindre exercice des facultés individuelles de discrimination ou de raisonnement. Mais cet effacement du comportement individuel était insuffisant à conduire le guerrier à la mort. Une telle attitude de mépris de la mort n'était possible qu'à la condition que le guerrier y fût préparé mentalement. Les techniques de combat très élaborées et l'habitude du combat, de même que la formation très poussée ne suffisaient pas à garantir le guerrier contre la crainte naturelle que tout homme peut éprouver dans cette circonstance. L'idée très répandue dans la pensée japonais que l'homme n'est pas maître de sa vie, a sans doute permis la recherche d'une attitude de non-peur de la mort, mais si ce sentiment fataliste a facilité cette quête, le comportement pour le moins inhabituelle du guerrier japonais ne fut que l'aboutissement d'un long entraînement physique et mental, d'un conditionnement permanent, le plus souvent depuis son jeune âge, et de la longue et pénible suppression de l'appréhension de la mort.

 

Dans cette perspective le Seppuku (hara-kiri), forme rituelle du suicide par arme blanche, représentait aux yeux du samouraï la preuve la plus authentique de la maîtrise de soi en même temps que la manifestation la plus élevée de son pouvoir sur sa destinée.

 

Il est difficile de retrouver dans le bushidô, et dans l'utilisation que les dictateurs de l'époque féodale ont fait de la théorie confucianiste, les préceptes de conduit humaine orientée à la fois par un sentiment de dignité personnelle et d'humanité envers autrui, et par la notion de perfectibilité de l'individu fondée sur la connaissance de soi-même et sur le savoir, indissociable de toute action.

 

"Le savoir commande l'action et l'action initie le savoir". L'idéal du bushidô semble parfois bien loin des paroles du philosophe japonais Oyômé (1475-1529) pour qui tout homme peut, par une discipline intellectuelle, accomplir l'union du savoir et de l'action et, grâce à cette unité, devenir un grand homme.

 

Le bushidô s'éloignait aussi de l'idéal de respect et d'amour pour toute forme de vie que prônait le bouddhisme zen qui se développa au Japon. Si les écoles de guerriers s'inspirèrent, dans la formation du samouraï, des méthodes ou des techniques mises au point par les adeptes du zen pour acquérir l'attitude de non-attachement aux choses de la vie et à la vie elle-même, elles laissèrent totalement de côté la philosopie zen, et leur interprétation est pour le moins tendancieuse. Robert Linssen, dans son livre sur le zen, parle d'une application paradoxale et discutable du zen dans les arts de guerre, "d'une déviation incontestable qu'il faut considérer comme une trahison à la fois très subtile et très habile." Il semble bien que le bushidô, dans ses principes et dans ses objectifs, n'ait rien de commun avec l'attitude de non-violence enseignée par le zen; le seul rapprochement que l'on puisse faire c'est celui des méthodes de préparation mentale, et la confusion fut d'autant plus inévitable que les nobles guerriers fréquentèrent les monastères pour s'initier aux techniques zen afin de mieux se préparer à leur vocation militaire et à toutes les calamités qu'elle engendrait.

 

Bien que mis par écrit, le "credo du samouraï" ne fut jamais une théorie de la conduite humaine, ni un code d'honneur où étaient répertoriés vertus et défauts. Le bushidô, s'il n'était à proprement parler une doctrine, puisait sa substance dans tous les courants de pensée qui pénétrèrent au Japon. Dans son application, il mettait l'accent sur l'attitude mentale à avoir au combat et dans la vie - il est vrai qu'à certaines périodes le combat et la vie se confondaient aisément - autant que sur les qualités morales indispensables dans les relations entre les hommes. Bien souvent, il serait ridicule de le nier, le credo dut souffrir quelques trahisons et l'on pourrait trouver de nombreux exemples où les préceptes de bonté, bienveillance et droiture furent désonéis. Néammoins, nombre de "Senseïs" et, avec eux, légions de guerriers se sont attachés à les appliquer et à les faire appliquer. Ce qui importe finalement, c'est que l'esprit du bushidô demeure vivant dans la pensée japonaise pourvu que les pratiquants du budô ne se laissent pas emporter par les aspirations du monde moderne trop axé sur la rapidité, la victoire, le gain ou les honneurs."

 

 

J'arrête ici le texte qui comporte encore un long passage faisant suite à la dernière phrase transcrite. Il fait notamment référence à la mentalité actuelle des pratiquants d'arts martiaux comme à la nature même des budô. Je résume en quelques lignes significatives:

 

"Quel ques soient ses avantages et ses inconvénients, la compétition prive les arts martiaux qu'elle touche de leur substance et les coupant trop sèchement de la tradition. Elle leur enlève cette quête de la sagesse qui en faisait des activités si attachantes. En dissociant la préparation physique de la forme, du style et de l'entraînement mental, elle vise l'efficacité et, à brève échéance, la quantité [...]

En outre, il n'est pas sûr que la victoire finale dans la plus haute compétition donne à celui qui la remporte beaucoup de bien-être. La rupture d'avec la tradition dépossède le budô (ensemble des arts martiaux pratiqués actuellement) de toutes les qualités qui, jusqu'à voilà quelques années, en faisaient à la fois la valeur et la réputation."

 

En page 47:

 

"La sagesse que permet d'acquérir et qu'entretient la pratique du budô ne doit pas se manifester seulement dans le cadre du dôjô. Elle doit exister à chaque instant, dans chaque comportement, en toutes circonstances et servir de point de départ et de condition à l'établissement de toutes relations [...]

Remaniée dans le creuset japonais, la doctrine de Bouddha a largement contribué à la formation du guerrier et de l'homme ordinaire, ce qui lui a permis de garder sa valeur, hors des circonstances du combat d'abord, et son caractère d'actualité enseuite, et cela même des siècles après avoir été énoncée."


 

Je complèterai cet article par la retranscription du paragraphe "La valeur du bushidô", en pagge 55 du même ouvrage.

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 18:08

J'ai sélectionné et retranscrit ici un extrait du très beau livre SAMOURAÏS, de Mitsuo Kure (page 129, éditions Philippe Picquier).

 

http://i34.servimg.com/u/f34/11/14/75/51/flower11.gif

 

"On considère aujourd'hui que le système de valeurs morales des samouraïs s'est cristallisé dans ce qu'on appelle le code bushido. D'après le célèbre texte du Hagakure, le bushido est une idéalisation de la mort - peut-être vaudrait-il mieux dire de l'acte de tuer. A l'époque d'Edo, l'idéologie du bushido allait dans le même sens que la notion de pouvoir absolu du bakufu. Nous savons cependant qu'il y avait une gouffre entre l'idéal et la réalité. Ainsi, si l'on se penche sur l'exemple de la famille Minamoto, on s'aperçoit qu'il s'agissait de simples tueurs. Lorsqu'on étudie la vie des autres classes sociales en cette période de gloire des samouraïs, on se rend compte qu'elles protestaient très fermement contre les conséquences de ce code. Si l'on analyse la période historique qui donna naissance au bushido; on comprend très vite que c'est une illusion: c'est un peu comme si les Européens avaient décidé de considérer la vie moderne du point de vue d'un guerrier celte. Il estcertain qu'une partie de ces valeurs restent pertinentes dans notre société, mais celles-ci ne sont pas uniquement présentes dans le code samouraï. Il s'agit de vertus universelles telles que la loyauté, la confiance, la force d'âme. Il ne faut pas confondre réalité et illusion romantique. Le samouraï médiéval était superstitieux, irrationnel, et n'accordait que très peu de valeur à la vie humaine.

On s'est beaucoup servi du code samouraï de l'ère Meiji jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après la restauration de l'empire, la classe des samouraïs fut intégrée au reste de la population, mais le gouvernement continua d'en revendiquer l'idéologie. Dans cette société hiérarchisée où l'empereur détenait le pouvoir absolu, le code bushido était en effet l'instrument idéal pour contrôler le peuple.

Ainsi, dans les années 1930, l'association d'une éducation fondée sur les principes extrêmes du bushido, du pouvoir absolu de l'Etat et de la dominayion de tous les modes d'expression par le régime militariste, amena lors de la Seconde

http://i34.servimg.com/u/f34/11/14/75/51/bushid10.jpg

 

Guerre mondiale les jeunes soldats à livrer une résistance fanatique, dont les aspects les plus éclatants furent les charges aux cris de banzai et les attaques suicide des kamikaze. Cette idéologie était à l'opposé des principes originaux dont elle s'inspirait. Les anciens samouraïs ne considéraient pas comme déshonorant le fait de se rendre, ni même de changer de camp. Lorsqu'ils perdaient une bataille, ils fuyaient pour préparer le combat suivant. Selon les sources historiques, chez les samouraïs, se battre à mort était très rare. Peut-être aspiraient-ils au code bushido, mais dans la réalité, ils ne l'appliquaient guère."

 

 

 

 

Voici comment se termine la page:

 

"Dans la dernière partie de ce livre, l'auteur montre l'aspect négatif du code samouraï. Les conditions très difficiles dans lesquelles il naquit ont affecté la psychologie japonaise dans certains domaines. Toutefois, il serait injuste de juger la nature de ce peuple sous ce seul angle, car l'on ne peut définir une nation en se fondant seulement sur les pans les plus sombres de son histoire."

 

J'espère que l'ensemble de ces textes mis en ligne ici éclaireront un peu plus votre lanterne sur le sujet.

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 10:30

Edité au Japon en 1986, Takemusu Aiki, regroupe dix-neufs conférences de Maître Ueshiba Morihei et n’avait jamais été traduit en aucune langue jusqu’à aujourd’hui, demeurant au Japon même, chose intime. Un manquement certain à la mémoire du fondateur de l’aikidô d’autant que l’importance de l’ouvrage était signalée lors de la préface de l’édition japonaise par son fils Kisshomaru, dôshu à l’époque : « Parmi l’abondance des livres sur l’aikidô, Takemusu Aiki est l’œuvre qu’il faut toujours garder sur soi car il exprime sans détour l’esprit du vénérable Morihei et attire notre attention avec force sur sa signification essentielle. »

 

 



La faute est aujourd’hui réparée : les deux premiers volumes de la traduction française de Takemusu Aiki sont parrus aux Editions du Cénacle. L’édition française comporte cinq volumes. Chaque volume est introduit et annoté de manière à en faciliter la lecture. Le premier volume est introduit par un mot de recommandation de Ueshiba Kisshomaru et préfacé par Goi Masahisa, ami du fondateur de l’aikidô et dirigeant du mouvement spirituel Byakkô. Dans ce premier volume Maître Ueshiba répond à cette question que tous les pratiquants se posent après quelques années de pratique : "qu’est-ce que l’aikidô ?".

Takemusu Aiki ne manquera pas d’intéresser et d’intriguer les aikidôka et les budôka, mais aussi tous ceux que la spiritualité japonaise passionne. Dans cet ouvrage, Maître Ueshiba présente ses expériences martiales et spirituelles qui furent à l’origine de la création de son art, il mentionne ses capacités extraordinaires de clairvoyance, relate la genèse de sa méthode de sabre et de bâton dans un langage syncrétique où se mêlent le shintô, le bouddhisme et le christianisme, où émergent les mythes les plus anciens de la civilisation nipponne, tout en relatant ses combats les plus fameux.

 

 

 

TAKEMUSU AIKI, Editions du Cénacle de France, traduit du japonais par Seiichi KURIHARA, Bruno TRAVERSI et Pierre REGNIER.

Volume 1 : 208 pages, ISBN : 2-916537-00-7, 22,50€

Volume 2 : 160 pages, ISBN : 2-916537-03-1, 19,50€

 

 

(source : www.takemusu-aikido.com)

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 14:47

Voici une lettre accompagnant la présentation d'un séminaire intitulé "La Voie du Samouraï" proposé par le Groupe Gérard Carton

 

"Probablement le samouraï le plus connu du Japon, MIYAMOTO MUSASHI fit une carrière

exceptionnelle de maître d'armes. La philosophie qu'il tenta d'inculquer à travers sa discipline a frappé l'imagination des Japonais. Il fut également un peintre et un calligraphe de premier ordre.

Miyamoto Musashi est né en 1584 à une époque où le Japon est marqué par la fin de "l'ordre

social héréditaire" ce qui signifie que même des gens pauvres et simples, mais qui se distinguent par un grand courage dans les combats, peuvent prétendre occuper de hautes fonctions.

Mais cette société féodale dans laquelle les seigneurs provinciaux se partagent le pays et se font construire des châteaux, est en proie aux guerres civiles. Tout individu digne de ce nom doit donc apprendre le métier des armes parfois au péril de sa vie pour pouvoir se défendre car cette cohésion sociale n'est pas encore pleinement affirmée et les brigands et détrousseurs de toutes sortes rôdent dans les campagnes et même dans les villes.

Musashi est un garçon indomptable et courageux qui rêve de gloire rapportée des batailles. Baigné dans cette ambiance et fils d'un "rônin", samouraï sans maître, il quitte précocement le cocon familial et connaît son premier duel à treize ans. A cette occasion il fracasse la tête de Kihei Arima un sabreur itinérant habitué à lancer des défis.

Puis il voulut connaître l'ivresse de la guerre, et se mit aux ordres du Shogûn Togukawa en

participant à la bataille de Sekigahara. Cependant, ce Shôgun pacifia le territoire et Musashi

comprit que pour lui la période des guerres était terminée. La seule manière d'attirer l'attention sur lui était désormais de provoquer en duel des grands maîtres renommés et bien sûr de les vaincre... Il choisit donc de parcourir le pays en essayant seul de perfectionner son art et en gardant cette philosophie primaire: le sabre est l'âme du samouraï et ce dernier ne doit s'en séparer sous aucun prétexte.

Ainsi Musashi ne prit aucun bain dans sa vie et se lavait uniquement dans l'eau glacée des torrents des montagnes fortifiant ainsi son mental. Egalement il chassait lapins et rongeurs l'arme à la main ce qui lui permit de se perfectionner dans de nombreuses armes comme le poignard et le jitte: crochet cruciforme que l'on utilise dans le combat.

Musashi fût quasiment déifié de son vivant et reconnu pour la maîtrise de son art.

A la fin de sa vie, Musashi se retira dans une grotte appelée Regandô en menant une vie austère accompagnée de la rédaction de son ouvrage: "Le Traité des Cinq Roues".

Il mourut à l'âge de soixante deux ans revêtu de son armure.

L’enseignement de ce livre a été repris dans de nombreuses Business Schools japonaises.

Ce traité porte sur les arts martiaux et plus particulièrement l’escrime. Mais les principes qu’il

énonce trouvent aussi à s’appliquer à toutes les activités de nature stratégique, à tous les gestes de la vie quotidienne : "Je comprenais bien, écrit Musashi, comme il est difficile de maintenir une position face aux événements. [...] J’ai appliqué les principes (avantages) de la stratégie à tous les domaines des arts."

Le Traité des Cinq Roues n’est pas seulement un livre de stratégie guerrière ou pour l’action. C’est aussi un guide sur la Voie, qui énonce les principes d’un art de vivre. Livre à la fois d’action et de sagesse, ou plutôt de sagesse dans l’action, il donne le secret d’une stratégie victorieuse, d’un trajet initiatique qui passe par la maîtrise de soi.

"Dans une auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. Trois rônin (guerriers sans maître) entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en oeuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois rônin. Loin de se décourager, les rônin se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes précis, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les rônin. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils apprirent, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était Miyamoto Musashi."

Cette légende illustre un principe capital de la Voie du Samouraï, selon lequel on doit « chercher à vaincre sans combattre » et « percevoir ce que l’on ne peut voir ».

 

L’enseignement de Musashi se définit à deux niveaux :

Tout d’abord, l’action efficace...

Tous les arts martiaux sont d’abord des techniques de défense, car l’on ne choisit pas d’être

attaqué, et dans ce cadre on ne choisit pas son attaquant. L’objectif constant du samouraï, dans l’action, est de vaincre. Pour le Samouraï, perdre c’est mourir... Mais la question est de savoir comment gagner par une action juste du point de vue de la stratégie et de l’attitude. Le guerrier doit, par exemple, "faire perdre à l’adversaire son équilibre mental" ou encore "faire naître une certaine tension nerveuse en empêchant l’adversaire d’être sûr de lui". Musashi souligne même l’importance "de neutraliser l’adversaire directement, sans le laisser souffler, en évitant de croiser son regard". À propos de l’importance de savoir se rénover dans l’action, Musashi dit plus loin :

"Lorsque, au cours d’un combat qui reste à l’état de mêlée, rien n’avance plus, abandonnez vos idées premières, rénovez-vous en tout et prenez un nouveau rythme. Ainsi découvrez le chemin de la victoire. Chaque fois que vous jugez qu’entre votre adversaire et vous tout grince, changez d’intentions immédiatement et parvenez à la victoire en recherchant d’autres moyens avantageux pour vous."

Ces règles trouvent à s’appliquer dans le monde de l’action en général...

Vaincre, soit! Mais de préférence sans combattre et, dans tous les cas, sans perdre l’honneur.

 

Ensuite, la sagesse Musashi se rapproche davantage de la figure du sage que du technicien des armes. Son enseignement vise d’abord à remporter une victoire sur soi. C’est le sens de sa maxime : "Devenez l’ennemi". Dans son action, le guerrier doit atteindre en lui-même le point où cesse la violence. La maîtrise de soi, enseigne le traité, augmente les chances de maîtriser le monde. L’esprit qui anime les principes de Musashi, visant à l’efficacité dans l’action et à la maîtrise de soi pour atteindre la sagesse, se trouve aussi dans la tradition gréco-romaine, en particulier chez les Stoïciens, bien qu’il s’agisse dans ce cas plutôt de l’homme en progrès et du philosophe, qui n’en doit pas moins se considérer comme son seul ennemi, c’est-à-dire comme le seul véritable obstacle à vaincre.

 

L’enseignement de Musashi s’organise autour de neuf principes :

1. Éviter toutes pensées négatives.

2. Se forger dans la voie en pratiquant soi-même.

3. Embrasser tous les arts et non se borner à un seul.

4. Connaître la voie de chaque métier, et non se borner à celui que l’on exerce soi-même.

5. Savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose.

6. En toutes choses, s’habituer au jugement intuitif.

7. Percevoir ce que l’on ne voit pas.

8. Prêter attention au moindre détail.

9. Ne rien faire d’inutile, jamais.

 

Chacun de ces neufs principes est explicité dans le traité des cinq roues et mis en perspective de l’action et de la sagesse.

La « philosophie » du samouraï apparaît, au premier degré, comme brutale, directe et sans

émotions. Il n’a qu’un seul devoir, vaincre, et une seule contrainte, son échelle de valeur, tout en haut de laquelle on trouve son honneur.

Au second degré, la sagesse des principes apparaît comme fortifiante et épurée. Le samouraï

développe un mental d’acier, ne geint jamais, ne se compromet jamais, n’a aucune complaisance, et dans le même temps canalise sa force pour la maîtrise de soi, la défense de son maître et de son honneur pour être un homme « complet ».

 

"Il ne suffit pas d’apprendre à l’homme une spécialité. Car il devient ainsi une machine utilisable mais non une personnalité. Il importe qu’il acquière un sentiment, un sens pratique de ce qui vaut la peine d’être entrepris, de ce qui est beau, de ce qui est moralement droit. Sinon il ressemble davantage, avec ses connaissances professionnelles, à un chien savant qu’à une créature harmonieusement développée. Il doit apprendre à comprendre les motivations des hommes, leurs chimères et leurs angoisses pour déterminer son rôle exact vis-à-vis des proches et de la communauté."

Albert Einstein

 

Le propre des humains est de souvent réinventer la roue. De génération en génération si certains s’évertuent à enseigner ce que les « anciens » ont découvert, beaucoup tiennent à découvrir par eux même, comme les enfants qui ont besoin de se brûler pour comprendre de quoi il s’agit

 

Gérard D. Carton "

 

 

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Published by Shingen - dans Le Bushido
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