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BUSHIDÔ

BUSHIDÔ : Code d’honneur et de comportement social qui exigeait du guerrier, Bushi ou Samouraï – ce dernier étant d’un rang plus élevé –, le sens de la justice et de l’honnêteté, le courage et le mépris de la mort, la sympathie envers tous, la politesse et le respect de l’étiquette, la sincérité et le respect de la parole donnée, la loyauté absolue envers les supérieurs et enfin la défense de l’honneur, du nom et du clan. Selon ce code, les Bushi, et plus particulièrement les Samouraï, devaient observer une étiquette sévère et consacrer leur vie et leur esprit à une ou des activités ‘dépassant l’homme ordinaire’ et transcendant la vie et la mort. Le bushidô est une manière d’être, de se comporter envers ses semblables, et une fidélité absolue à une ligne de vie (autrefois à un maître, à un supérieur), qui faisait appel au respect de soi et des autres, quels qu’ils fussent, faibles ou forts, ainsi qu’à la maîtrise parfaite de son mental, de ses pulsions et de ses passions, afin de maintenir l’esprit en harmonie (Wa) avec l’univers. Il est évident que cet idéal n’était atteint que très rarement.

D’après Louis Frédéric, Dictionnaire des Arts Martiaux (éd. Félin).

17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 12:18

1 - MAE : avant (effectué en seiza)
2 - USHIRO: arrière (effectué en seiza)
3 - UKE NAGASHI: parer et laisser filer le sabre adverse (effectué en seiza)
4 - TSUKA ATE: coup de la tsuka
5 - KESA GIRI: coup diagonal (le kesa était la bandoulière portée par les Bonze)
6 - MOROTE TSUKI: pique à 2 mains
7 - SANPO GIRI: coupe dans 3 directions
8 - GANMEN ATE: coup au visage
9 - SOETZ TSUKI: ajouter une main pour piquer
10 - SHIHO GIRI: coupe à 4 directions
11 - SOGIRI: plusieurs coupes
12 - NUKI UCHI: dégainer et frapper

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Published by Shingen - dans Les Ecoles
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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 12:14

 Texte de Michel Coquet, Kyôshi, ETIK association.

A la demande de nombreux élèves désireux de mieux connaître la vie du fondateur de l’école Tenshin Shôden Katori Shintô ryû, j’ai profité d’un récent voyage au dojo du Shihan Risuke Otake pour lui poser quelques questions à ce sujet. Selon lui, il n’existe aucune biographie du Fondateur, mais un grand nombre de récits anecdotiques qui sont en possession du Sôke de l’école. L’un des écrits sur lesquels sont compilés les enseignements du fondateur, Maître Iizasa Chôisai Ienao, est appelé Kumazasa no oshie, "l’enseignement du bambou nain à cernes". Il reste tout de même de nombreux points inconnus de sa vie, particulièrement de ceux qui se rapportent à des datations précises. Selon sensei Otake, ce manque serait due au fait que maître Ienao était avant tout un guerrier des champs de bataille dont les exploits étaient souvent ignorés et non répertoriés. On enregistrait plutôt les combats individuels, les exploits riches en témoins officiels. Comme maître Ienao était contre ce genre de combat, bien peu de choses ont été connues de sa vie intime et de ses exploits.
L’un des problèmes rencontrés chez ceux qui se sont efforcés de mettre sur pied une brève histoire du maître, concerne l’identité exacte du Shôgun instruit par maître Ienao et surtout la date où il devint instructeur officiel.

Maître Ienao est né en 1387 durant le règne du Shogun Ashikaga Yoshimitsu, c’est-à-dire de 1367 à 1395. Une grande partie des chercheurs considèrent qu’il fut le maître d’armes du Shôgun Ashikaga Yoshimasa qui lui, devint Shôgun de 1449 à 1474. Selon une version de l’histoire, c’est en 1449, au moment de la nomination du Shôgun Yoshimasa, que Ienao âgé de soixante ans se serait rendu à Kyôto et aurait demandé à se mettre à son service en tant que maître d’armes. Dans une autre version, celle du shihan Otake, c’est aussi à soixante ans qu’il décide de se consacrer à 1000 jours d’ascèse après son expérience au sanctuaire shintô de Katori.
Bien que nous n’ayons aucune certitude absolue, il semble que cette démarche auprès du Shôgun ait dû se passer deux ans plus tôt, à l’âge de cinquante-huit ans et que voyant les effets néfastes de la politique qui lui retirait toute liberté de pensée, il se fit moine bouddhiste et s’adonna à la pratique du sabre en vue d’en découvrir l’essence.
Si maître Ienao a fait cette démarche et proposé ses compétences au Shôgun, c’est probablement pour deux raisons. La première est que vu sa célébrité dans la région, il apparaît tout à fait logique qu’il ait été invité à se présenter à son seigneur. La seconde est que le Shôgun était tout sauf un guerrier. Il aspirait sincèrement à la paix en oubliant délibérément la guerre civile qui ravageait le pays. Il passait son temps à organiser des séances de thé ou des danses de Nô. Il aimait tout particulièrement les céramiques chinoises et faisait la promotion des Arts et des Lettres. On lui doit même la construction du Ginkakuji à Kyôto. Il est possible que maître Ienao, lui-même un inconditionnel de la paix, ait voulu l’instruire en lui montrant que la paix n’était pas synonyme de laxisme et que cette façon d’exprimer ses idéaux ne remettrait certainement pas le pays sur les rails du progrès. Contrairement aux idées de son seigneur, celles de maître Ienao était d’utiliser la discipline du bujutsu en l’adaptant à la pensée bouddhique ; plutôt chercher l’ennemi en l’homme que tuer l’homme ennemi. Il pensait pouvoir être utile au Shôgun mais ne parvint pas à ses fins. En 1474, Ashikaga Yoshimasa finit par abdiquer en faveur de son fils Yoshihisa.

Naissance de maître Iizasa Chôisai Ienao

Selon le shihan Otake Risuke, maître Ienao naquit à Iizasa (actuellement Tako-machi) situé dans la préfecture de Chiba de la province de Shimôsa en l’an 4 de l’ère Genchû (1387). La vieille maison où est né maître Ienao existe toujours. Elle se trouve non loin du temple Nyoizan Jifukuji, mais elle a été vendue à des particuliers, démolie puis reconstruite tout en gardant un style proche de l’original.
Maître Ienao était issu d’une famille de goshi, une classe sociale située entre le fermier et le bushi. Dès son plus jeune âge, il apprend l’art du sabre, de la lance et du naginata sous la direction d’un expert de la région, maître Kabuto Gyôbu-Shôho. Ses Aînés se rendirent rapidement compte qu’il était d’une habileté peu commune. C’est ainsi que rapidement il prit place parmi les meilleurs guerriers du seigneur Chiba.
Maître Ienao participa à de très nombreux combats sur les champs de bataille sans jamais connaître de défaite. En raison de sa dextérité au sabre, il fut plus tard nommé Instructeur du Shôgun. A la mort du seigneur Chiba et de la chute de son clan le Chiba Chôisai, maître Ienao a presque soixante ans. Il quitte alors ses fonctions, rend la liberté à ses vassaux et se sépare de sa famille pour s’installer sur une colline du mont Umeki, parmi les sept collines qui entourent le sanctuaire shintô de Katori mieux connu sous son nom impérial de Katori Jingû.
Très attiré par la vie spirituelle, maître Ienao devient moine bouddhiste tout en continuant à approfondir la voie du sabre dans les sanctuaires de Katori et de Kashima, deux centres anciens réputés de bujutsu. C’est pendant cette période qu’il instruisit de futurs grands maîtres de sabre. Durant toutes ses années de formation martiale et spirituelle, maître Ienao supervisa la construction du Nyoizan Jifukuji, le temple du bonheur nouveau. Ce temple situé sur le mont Shintoku au village de Miyamoto. Je l’ai visité en avril 2002. Il est de tendance Shingon de la branche Chizan. Il est consacré à Jizô Bosatsu. Comme maître Iizasa avait fait don de mille koku de riz au sanctuaire de Katori lorsqu’il devint moine, il fit un don identique au temple avant de se retirer sur le mont Umeki.
Maître Ienao, comme tant d’autres chercheurs de la vérité de l’Esprit et des lois de la nature, ne trouva rien de mieux que de se retirer dans le silence et la solitude des monts et des forêts. Depuis toujours les monastères isolés dans les montagnes sauvages abritaient des moines guerriers, souvent plus guerriers que moines (comme ceux de Mont Hiei) et puissamment politisés. Grâce au temps qu’ils pouvaient consacrer à la pratique martiale autant qu’à des pratiques occultes issues des techniques du tantrisme Shingon ou du Shamanisme Shugendô, les moines guerriers obtenaient des résultats étonnants. Maître Ienao, quant à lui, était plutôt un solitaire entouré d’une poignée de disciples.

Alors qu’il vivait sur le mont Umeki, il se passa quelque chose d’étrange. L’un de ses disciples était en train de laver son cheval à une source près du sanctuaire de Katori, lorsqu'après quelques convulsions, l’animal tomba raide mort. Maître Ienao était absolument persuadé que cette eau était sacrée et qu’elle aurait dû être utilisée à des usages sacrés. Il attribua ce signe au grand Kami du Katori-Jingû, Futsunushi no Mikoto. Profondément touché par l’incident, il décida de se purifier de cette erreur et en même temps, d’approfondir comme jamais auparavant l’essence de la bouddheité en consacrant tout son être à une ascèse (gyô-misogi) de mille jours (sen nichi gyô). Cette ascèse consistait en des jeûnes, des entraînements intenses au sabre, des prières et des méditations. Selon les écrits traditionnels, c’est pendant l’une de ces nuits qu’il fut honoré de la vision du Kami attaché au Katori-Jingû, lequel lui apparut sous la forme d’un garçonnet assis au faîte d’un vieux prunier. A cette occasion, le Kami lui aurait offert un volume du « Traité divin de la stratégie martiale » (Heihô Shinsho) en lui disant : « Tu seras le maître des escrimeurs de l’Empire ». A partir de cette révélation et ayant près de soixante-dix ans, maître Ienao créa officiellement son école, dont il fit précéder le nom par Tenshin Shôden pour signifier sa filiation divine.
Maître Ienao mourut le 15 avril de la deuxième année de l’ère Chôkyô (1488) à l’âge de 102 ans.

Création et vitalisation de l’école Katori

Il existait depuis longtemps dans les environs du Katori-Jingû, des groupes de guerriers qui s’entraînaient au Bujutsu. Cependant, c’est sous l’impulsion de maître Ienao que fut instituée pour la première fois une tradition martiale (bujutsu ryûhâ) qui allait révolutionner l’étude et la pratique des Arts martiaux au Japon. Cette école était porteuse d’une philosophie qui allait faire germer les graines de ce qui allait devenir l’idéal du Budô moderne. Tout comme le fondateur du bouddhisme ésotérique Shingon, maître Kûkai, qui influença et transforma la société japonaise par sa présence et son enseignement, maître Ienao accomplit la même chose dans le contexte de la tradition martiale. Ce qu’il réalisa fut énorme, si l’on tient compte du contexte difficile de cette époque.

Cependant, ce qui apparaît comme essentiel dans tout ce qu’il réalisa tient en deux mots : la paix ! Il savait que la paix n’était pas l’abandon de l’action et lui-même en était le parfait exemple. Il fit en sorte que la discipline martiale qui rendait l’homme puissant et efficace pendant les combats, puisse en même temps le rendre pur et fort au niveau de sa conscience. L’auto-préservation devait s’associer à l’auto-réalisation. Il n’était pas question de baisser la garde devant les conditions dangereuses de cette époque troublée, mais l’efficacité obtenue devait être un moyen de se maîtriser en vue de se protéger, mais également de défendre les plus faibles et de combattre l’injustice partout où elle pouvait se manifester. Les bases de sa philosophie étant issues autant du shintoïsme que du bouddhisme, il parvint à unir harmonieusement les concepts de respect et de compassion, de vie et de mort. Sa compréhension du sens de la vie mystique était telle qu’il l’intégra totalement dans son étude de la stratégie martiale. Un exemple de cette attitude apparaît à travers le rite du keppanqui consiste à signer de son sang un document écrit de la main de maître Ienao en personne. Sur ce document, il est spécifié que le candidat s’engage à ne jamais combattre contre d’autres écoles sans en avoir reçu l’autorisation. Ceci montre clairement que maître Ienao n’appréciait pas ces rencontres d’experts qui s’affrontaient régulièrement juste dans l’espoir d’affiner leur technique en laissant derrière eux un handicapé à vie ou un mort. C’est aussi pour cette raison que lui-même évitait ce genre de rencontre. Il préférait accueillir son provocateur en ami. Ainsi, il lui proposait de boire le thé avant l’affrontement. Il faisait étendre une natte de paille légère sur un lit de bambous nains et s’asseyait dessus sans que la natte ne s’enfonce. En voyant cet exploit le provocateur renonçait à se battre et demandait humblement à devenir son disciple. Au début du Mokuroku, le second diplôme ou certificat donné après le keppan, il est écrit : « Les Arts de la guerre sont les Arts de la paix, et tous ceux qui se disent des hommes devraient apprendre la paix ». Voilà qui montre bien la finalité de ce que la discipline devait apporter aux guerriers qui acceptaient de suivre son enseignement.

Du fait que maître Ienao était un homme pieux, il resta intimement associé avec les responsables du Katori Jingû, et la famille Iizasa devint la gardienne du ryû, tant sur le plan de la stratégie martiale que sur le plan religieux. Après maître Ienao, les sôke (héritiers) eurent la responsabilité de transmettre ce précieux patrimoine. Cependant, tous ne furent pas des instructeurs de haut niveau, c’est pourquoi la fonction d’instructeur en chef était donnée à l’expert le plus méritant parmi ceux qui avaient reçu l’enseignement complet des techniques secrètes, le Gokui Kaiden. Ce shihan ou maître devait par-dessus tout être absolument irréprochable du point de vue moral et avoir atteint quarante-deux ans, l’âge de la pleine maturité. Le shihan avait non seulement la pleine responsabilité de l’entraînement (keiko), mais il devait faire appliquer scrupuleusement les règles de conduite. De son côté, le sôke maintenait une connexion vivante et effective avec l’esprit du Fondateur. C’est aussi lui qui servait de lien entre le ryû et le Kami du Katori Jingû. On retrouve cette condition de nos jours puisque le sôke est Iizasa Shurinosuke Yasusada, alors que le shihan est maître Risuke Otake.

La transmission de l’enseignement complet de l’école était au moyen-âge presque toujours héréditaire et lorsque l’instructeur n’avait pas de fils pour lui succéder, il en adoptait un. Dans la plupart des ryûs de l’époque féodale, le rôle de l’élève n’était pas une position de tout repos. Le sensei montrait le chemin et l’élève devait suivre sans se poser de question. Il avait le droit d’imiter ce qu’on lui permettait de voir, mais il lui était interdit d’améliorer ce qu’il avait reçu. D’une manière générale, le sensei avait cette fâcheuse tendance à faire de l’élève une personnalité soumise, incapable de prendre elle-même des initiatives. Cette attitude va être complètement changée dans la manière d’instruire du maître, car en tant que bouddhiste, il enseignait à ses disciples la manière de s’épanouir totalement et de découvrir en eux-mêmes les moyens de trouver la liberté de conscience. Cette attitude lui attira l’amour et la loyauté de ses élèves autant que le respect des Anciens.

Depuis la plus haute antiquité, les enseignements (ésotériques) des sages de l’Orient ont toujours été transmis de bouche à oreille. Il en fut de même des connaissances du bujutsu de maître Ienao qui étaient toujours transmises oralement (kuden). Ce n’est qu’aux environs du seizième siècle que certains instructeurs changèrent un peu cette manière de transmettre en les notant sur des documents appelés kudenshô. Les techniques étaient répertoriées sous forme de listes (mokuroku) écrites sur des rouleaux. Ces rouleaux étaient l’objet d’une grande vénération car ils formaient le patrimoine de l’école. Cependant, par prudence l’enseignement écrit était voilé, notamment sous la forme de courts poèmes que seul le maître était capable d’interpréter.

Ceux qui ont étudié l’histoire de l’école Katori reconnaissent que l’on n’a jamais fait l’apologie des instructeurs de ce ryû. En effet, selon la philosophie du Fondateur, il était recommandé aux élèves les plus avancés de faire preuve de discrétion, d’impersonnalité et de simplicité. C’était une attitude autant stratégique que religieuse. La discrétion évite de se mettre à jour devant l’adversaire et de ne lui fournir qu’un minimum d’informations sur vos capacités martiales. L’impersonnalité doit mettre l’ego en sommeil pour que les réactions au cours d’un combat soient issues d’une âme pure. Quant à la simplicité, elle devait briser l’orgueil qui détruit les plus beaux élans du cœur. A ce titre, le Fondateur était considéré comme un Kamigakari, une personne possédée (ou plutôt adombrée) par un Kami. Ces techniques étaient donc considérées comme des kamiwasa, des techniques issues d’une transmission divine. Par conséquent, si on respectait l’homme, on admettait bien volontiers que ce qui était grand était du domaine de son âme, pas de sa personnalité. C’est pour cette raison que les sôke et les instructeurs de l’école ont toujours eu cette tendance à mettre en valeur non l’individu, mais plutôt les ancêtres de la lignée, ceux qui s’étaient sacrifiés pour développer et transmettre le flambeau d’une vérité que chaque maître s’est efforcé de développer en lui-même au profit de l’école. Ce ne fut jamais un culte rendu aux ancêtres mais une attitude de profonde reconnaissance.

Les biographes qui ont étudié les grands chefs de guerre du Japon admettent volontiers que bien peu peuvent mériter le titre de Fondateur au sens strict du terme. La plupart des maîtres d’armes qui fondèrent une école ne firent que réorganiser un héritage de savoir dont le degré d’élaboration était déjà considérable. Certains experts avaient fusionné plusieurs styles en un seul et avaient créé leur propre style. Il n’en fut pas de même pour maître Iizasa Chôisai Ienao qui, bien qu’ayant reçu des instructions de styles déjà existants, créa une école d’un type entièrement nouveau, non seulement de par son message universel de paix, mais aussi et surtout, à travers une intuition telle qu’elle lui permit de comprendre et de réaliser la réalité de l'Esprit à travers la pratique martiale. En fait, la technique Katori était si parfaite et si efficace que ses responsables ne recherchèrent jamais à en faire la publicité, préférant un nombre réduit d'élèves de grande qualité.

Condition des ryûs à l’époque du Fondateur

La naissance de maître Ienao se situe à une époque où le Bujutsu est en plein essor. Certains disent même qu’il était à son apogée. L’entraînement réel était autorisé par l’Etat et il était d’une telle intensité qu’il se traduisait souvent par la mort de l’un des deux protagonistes. Ce genre de keiko était hautement considéré, car vaincre était une question de vie ou de mort. C’est pendant cette période agitée que l’école Katori s’est formée et sa stratégie a forcément été influencée par cet environnement. On peut prendre pour exemple les kata de base qui ont pour fonction de toucher les points faibles d’une armure, prouvant de cette manière qu’en ce temps-là les samouraïs portaient encore l’armure et par conséquent nous retrouvons cet aspect dans une partie de la stratégie du Katori.
Avant le 16e siècle, le soldat n’avait pas de statut bien défini. Ses caractéristiques et devoirs n’étaient pas clairement établis, du moins pas aussi précisément qu’ils le seront pendant l’ère Tokugawa où sera créée une classe guerrière distincte avec des devoirs, des droits et des privilèges. Du temps de maître Ienao, tout homme de talent pouvait se tailler une carrière. Ienao fut de ceux-là, à la différence près qu’il ne s’est jamais battu à titre privé, mais uniquement pour son Seigneur. Du reste, il exprimera cette attitude jusqu’à la fin de sa vie. On rencontre pendant la période Ashikaga, des guerriers pouvant être aussi bien moine que paysan. Il y avait aussi tout un monde de laïques qui, sans être professionnels, se passionnaient pour les arts de la guerre, un utile moyen pour se défendre et protéger sa terre, car le pays était riche en affrontements divers. Les clans étaient toujours en guerre les uns contre les autres, ce qui est naturel pour ce peuple naturellement fougueux et belliqueux. Les temps de paix étaient rares et ne représentaient que les moyens de mieux préparer les nouveaux affrontements. Dans ce monde en folie, quelques âmes éclairées se sont efforcées d’apporter la connaissance et la paix et maître Ienao fut l’une d’elles. Sa mission a véritablement commencé après qu’il ait reçu son illumination. Par ses multiples talents, sa puissante personnalité et une vision spirituelle inclusive et universelle, il sut objectiver concrètement les lois inhérentes à sa vision. Pour parvenir à l’accomplissement de ce dessein dont il se sentait investi, il comprit que l’éducation était l’incontournable voie par laquelle il pourrait construire une école véritablement utile à la société. Il lui fallait compter sur un peuple ignorant et superstitieux, plus attiré par les formules magiques des Yamabushis ou des Shamans du Shintô que par la voie bouddhiste du contrôle des sens et du renoncement aux jouissances du monde. Il possédait néanmoins certains des avantages de son époque et dont voici un exemple : Le peuple avec lequel il allait devoir travailler était peut-être encore fruste, mais il n’était pas ce qu’il devint pendant la période de la restauration de Meiji. C’est en effet pendant cette période que les jeunes gens étaient entraînés à croire que le souverain était le fils de la déesse solaire et qu’à ce titre, on lui devait une loyauté inconditionnelle. Mourir pour lui était plus glorieux que de vivre pour soi. Du fait que les plus hauts militaires étaient aux ordres de l’empereur, on lui obéissait sans condition. A cet égard, une branche du shintoïsme officiel porte une lourde responsabilité, car il a habillement fusionné les idéaux politiciens et militaires aux idéaux religieux. C’était évidemment un moyen efficace pour endoctriner les masses non pensantes et c’est aussi une condition que l’on retrouve encore dans les événements mondiaux actuels. Pourtant, cette attitude n’avait pas encore fait son apparition, ce qui permit à maître Ienao de planter les graines de la loyauté dans un terrain libéré de fanatisme et cela conformément à sa vision bouddhiste. Pour le Fondateur du Katori Shintô ryû, les lois utilisées dans la pure stratégie guerrière n’étaient pas différentes de celles qu’utilisaient les mystiques de toutes tendances. Par exemple, la loi d’attraction était comprise et utilisée autant par les militaires que par les moines. Il s’agit d’une loi naturelle et l’homme est responsable de la manière de l’utiliser. Le couteau pouvait servir à préparer un repas comme il pouvait tuer. Il ne s’agissait donc pas de bannir la science ancienne du bujutsu, mais bien de l’utiliser d’une manière nouvelle et constructive. Les lois militaires anciennes, loin d’être abandonnées, vont être simplement réorientées à travers la vision du maître Ienao. Le guerrier sans maître ou le brigand de grand chemin, tout en restant attaché à son idéal de guerrier puissant, allait simplement devenir un guerrier loyal et vertueux, un chevalier de lumière portant haut le flambeau de la vérité et de la compassion. Pour le Fondateur, le soldat devait être particulièrement fort en vue de combattre sa nature animale inférieure, aussi bien que pour sauver les plus faibles ou protéger sa réputation, sa famille, son Seigneur et son idéal religieux. Maître Ienao insista tout particulièrement pour que la notion séparative de clan soit remplacée par celle de communauté fraternelle cherchant la coopération et non la compétition. Un groupe personnalisé ayant sa méthode et ses idéaux spécifiques était évidemment nécessaire, mais certainement pas au détriment d’autres groupes aux couleurs différentes. La tendance bouddhiste du maître était de prôner la destruction de l’ego personnel et égoïste au profit de l’épanouissement d’une conscience réelle et spirituelle, qu’elle soit appelée Bouddhéité, Soi, Esprit ou vacuité et dont tout homme est porteur. La destruction de l’ego était aussi une condition sine qua non pour que s’éveillent les facultés particulières dont sont pourvus les êtres Saints et qui firent la réputation de maître Ienao. Selon ces vues, l’homme de par sa nature profonde et spirituelle doit être respecté. A ce titre, la hiérarchie militaire ou politique ne doit pas opprimer les subordonnés, mais au contraire les servir. Imposer l’ordre là où règne le chaos, la morale là où règne la décadence. La tâche comme on peut l’imaginer ne fut pas aisée, lui qui était entouré de Ronins orgueilleux sans foi ni loi, toujours prompts à provoquer autrui ou à relever un défi.
Bien qu’il se soit constitué des groupes plus ou moins organisés pour l’entraînement martial, il n’existait pas encore de
ryûhâ établi en vue d’une formation militaire spécifique, comme cela se développera à la fin du 16e siècle. Maître Ienao ressentit donc très fortement la nécessité de constituer une école dont les membres seraient soudés par des idéaux élevés, dans laquelle chaque élève pourrait s’épanouir, se réaliser et grandir, non plus à son seul profit, mais pour celui de la collectivité. Cette première grande école de bujutsu devait impérativement être puissante pour s’imposer et faire en sorte que s’épanouisse la fleur de la paix dans un monde tourmenté. De plus, l’école serait établie de telle manière que jamais les membres ne soient humiliés ou injustement méconnus. Le Fondateur considérait que l’harmonie était un maître-mot et cette harmonie évitera, comme l’histoire de l’école le prouve, ce qui arriva dans tout le pays, à savoir la croissance d’un fort sentiment de révolte de la part des minorités d’un moindre rang envers les dirigeants.

Parmi les aspects positifs de l’époque du maître, on observe à la fin du 12e siècle, un développement relativement important des Arts, de la littérature et même du bouddhisme zen, passablement adapté à l’esprit pragmatique des bushis. Cette période, dite Ashikaga, s’est étendue de 1336 à 1568. Comme l’écrit Oscar Ratti : « A travers toute cette période, des guerres d’extermination réciproque se déchaînent entre les clans, déchirés entre la Cour Méridionale de Godaigo dans la région de Yoshino, et la Cour Septentrionale des empereurs fantoches de Takauji. » Maître Ienao a donc dû mettre à profit, d’un côté le développement d’un courant porté vers les Arts et la religion et de l’autre côté, le courant de contestation des paysans contre leurs maîtres ou contre les Barons féodaux trop préoccupés de leur propre intérêt. Si la plupart des groupes de bujutsu disparurent ou se transformèrent à cause des conditions politiques, chaque ryû étant plus ou moins associé à une tendance politique, il n’en fut pas ainsi de l’école Katori qui resta indépendante, instruisant sur un même pied d’égalité, des paysans, des nobles ou des commerçants. C’est en partie ce qui lui permit de se maintenir jusqu’à nos jours, un fait unique dans les annales du bujutsu. La pensée du Fondateur était de ne pas rejeter celui qui vient et de ne pas retenir celui qui part.

Dans cette école, véritable université du savoir en terme de bujutsu, les élèves devaient également maîtriser d’autres branches de la connaissance comme le sen-jutsu (la stratégie), le Chikujô-jutsu, l’astrologie et l’astronomie, ainsi que la religion comportant des arts occultes comme le in-yô ou le in-yô-gogyô. En ce temps-là l’éducation dans un ryû n’était pas novatrice mais traditionnelle. En ce sens qu’elle perpétuait un principe acquis ancien. Maître Ienao quant à lui utilisait l’acquis du passé pour promouvoir une conscience de l’instant présent. Pour lui, le meilleur du passé devait être conservé par respect de ceux qui avaient donné leur vie pour enrichir l’école. Cependant, sa vision ancrée dans l’omniprésence de l’éveil cherchait à établir, aussi paradoxal que cela puisse paraître, une pensée nouvelle basée sur une évolution ascendante des mentalités qu’il percevait avec une extrême acuité. En un mot, il voyait clairement ce que le futur réservait à son pays et structura son école pour se conformer à cette vision. On peut dire sans crainte de se tromper qu’il fut l’un des rares maîtres à avoir établi un premier pont entre le Japon féodal et le Japon moderne.

L’histoire ne nous en dit rien, mais puisque maître Ienao a fait construire un temple Shingon, on peut raisonnablement supposer qu’il fut lui aussi fortement influencé par cet autre réformateur, le maître Kûkai, Fondateur de l’école de bouddhisme ésotérique Shingon . Il a dû certainement apprécier que pendant la période Heian, le grand maître Kûkai ait pris pour la première fois au Japon, l’initiative d’ouvrir une école gratuite dans laquelle le riche et le pauvre, quel que soit leur rang, puissent recevoir la connaissance. On ne sera pas étonné non plus que maître Ienao se soit inspiré des idées de Kûkai pour structurer un ryûhâ dans lequel la technique du sabre allait devenir un instrument d’illumination. Bien entendu, il n’ignorait pas le problème que posait l’effet de séduction qu’exerçaient l’esthétisme, l’Art, la philosophie ou la littérature, lesquels avaient pendant la période Heian, considérablement diminué l’intérêt exclusif pour l’entraînement militaire. Les Arts martiaux s’en étaient ressentis et la discipline générale s’était amoindrie. Il devait réagir contre cela. Il était bien placé pour savoir que ces pratiques d’apaisement mental pouvaient, au même titre qu’une pratique de zazen mal comprise et mal appliquée, conduire l’imprudent qui cherchait la paix vers la paresse de l’esprit. Le mental avant d’être dissous ou transcendé, doit devenir l’instrument docile de l’âme, devenir souple et lumineux. A cet effet, on peut dire que la discipline martiale, tout en imposant au pratiquant une vigilance attentive vers le monde matériel et objectif, n’excluait pas l’épanouissement d’une attitude subjective tournée vers la pure conscience du centre intérieur. Un autre objectif de son école était de pouvoir instruire un grand nombre de gens analphabètes. Le milieu dans lequel il baignait était celui des paysans et déjà dans la période Kamakura (1185-1337), il n’était pas rare de rencontrer des guerriers exceptionnels qui ne savaient même pas lire les caractères sino-japonais.

La vie de l’uchi-deshi

L’un des importants liens de cohésion au sein de l’école Katori est intimement lié à la relation existant entre le Sôke (ou le Shihan) et les élèves. Certes, ces derniers avaient tous les mêmes avantages et les mêmes chances de maîtriser leur Art, cependant certains étaient mieux placés, car ils avaient le privilège de vivre près de l’instructeur. On leur donne le nom de uchi deshi, mot qui signifie « étudiant interne ». L’uchi deshi vit le plus souvent sous le toit de son instructeur ou au sein de la famille de celui-ci. J’ai par exemple un ami japonais élève de maître Otake Risuke qui demeure à Kyôto et ne peut venir s’entraîner que les jours de fête ou de repos. Il est normal que par rapport à des élèves de la région, un temps plus long lui soit nécessaire pour comprendre et pratiquer parfaitement les wazas, d’autant plus que la manière d’instruire du sensei nippon est typiquement orientale. On montre une fois ou deux à l’élève qui observe avec une grande attention, puis l’élève qui est concentré à cent pour cent sur ce qu’il a vu, va essayer de reproduire le plus fidèlement possible ce qu’on lui a montré. Le facteur temps joue bien sûr, mais le plus important est le facteur relationnel entre le maître et l’uchi deshi. Par conséquent il est naturel que le meilleur uchi deshi de maître Otake Risuke soit son propre fils. C’est pour cette raison que la transmission des secrets se fait le plus souvent de père en fils. L’uchi deshi me fait penser à la relation qui existait jadis entre l’apprenti compagnon et le maître artisan. L’étudiant devait quitter son foyer et devenir l’ombre du maître. Ce qui était transmis n’était pas seulement technique. Il s’agissait plutôt d’un savoir-faire jalousement gardé par le compagnon. A mesure que le temps passait et que le lien de confiance s’affermissait, une véritable osmose s’établissait entre l’élève et son instructeur, au point où, en dehors de l’intellect, l’union réalisée de cœur à cœur permettait à l’apprenti de comprendre intérieurement les secrets et les clés de son Art. Ceci est appelé le vrai savoir. Malheureusement, dans le Compagnonnage comme dans le Budô, ce qui est recherché n’est plus la perfection de l’âme mais une certaine performance de la personnalité terrestre trop souvent empreinte du désir de briller, d’ambitionner une réussite sociale ou de faire de bons profits. De nos jours, les conditions de vie sont telles qu’il est rare de pouvoir vivre dans la maison du maître. Celui-ci a une vie de famille et ne possède pas forcément de dojo privé. J’ai personnellement vécu cette expérience pendant trois ans et demi et je comprends vraiment l’intérêt qu’il y a de vivre près d’un instructeur, que la transmission soit purement technique ou spirituelle. Il peut même arriver que l’instructeur ne soit pas conscient de cette transmission mystérieuse, mais s’il y a respect, confiance et sympathie pour ne pas dire plus, alors la grâce opère et l’élève reçoit ce que sa conscience est capable de réaliser. Pour atteindre cet objectif, le facteur temps était indispensable, temps pendant lequel l’instructeur met son disciple à l’épreuve. Cela lui permet de noter ses qualités et ses limitations.

Dans le passé, les uchi deshis avaient des devoirs comme celui de s’occuper des affaires quotidiennes de l’instructeur, de préparer son bain (ofuro), de nettoyer ou aérer le dojo, etc. En un mot, il devait s’être établi entre eux une confiance réciproque totale. C’est ce genre de relation que recherchait maître Ienao au sein de son école, et c’est probablement cette relation harmonieuse qui a permis à l’école de se maintenir dans une parfaite intégrité morale et technique jusqu’à nos jours.

Il existe également une autre raison au fait que l’école se soit perpétuée pendant six siècles sans conflits excessifs. A l’époque du Fondateur, c’est du prestige de l’instructeur que dépendait la popularité du ryû. Il était donc commun aux écoles de chercher à voler les secrets des écoles concurrentes et c’est ce qui engendra une partie des causes de guerres constantes que se livraient les clans. On comprend donc pourquoi tant d’efforts étaient faits en vue de maintenir les techniques supérieures dans le plus grand secret. Il n’était donc pas question de laisser entrer n’importe qui au sein de l’école. A cet effet, on élabora le rite du keppan qui était et est encore, un serment de loyauté obligatoire que doit signer un candidat dès son entrée dans l’école. Ce rite est tombé en désuétude dans la plupart des vieux ryû, mais il est toujours de rigueur dans l’école Katori.

La cérémonie du serment de fidélité ou keppan est associée aux rites du Shintoïsme. Le serment lui-même était inscrit sur un rouleau avec un pinceau trempé dans le sang du guerrier. Puis le rouleau était brûlé devant le Kami du sanctuaire vénéré par le clan et les cendres étaient dissoutes dans un liquide avant d’être bues par le candidat. Le nom du guerrier était alors inscrit dans les Annales du clan et le vassal, sa famille et ses dépendants ne faisaient plus qu’un avec le maître du ryû. Cette pratique fut adaptée par maître Ienao, car telle qu’elle était élaborée, elle tendait à créer un lien d’attachement et de dépendance excessif entre l’instructeur et les disciples. Ainsi, lorsque le maître mourait, un grand nombre de vassaux se donnaient la mort. A cause de cette pratique du sacrifice de sa vie (junshi), plus d’un clan fut entièrement décimé.

De nos jours, pour devenir membre reconnu de l’école Tenshin Shôden Katori Shintô ryû, l’élève doit obligatoirement signer avec son sang le document du serment sur lequel il est écrit que le membre ne montrera à qui que ce soit qui n’est pas membre, rien de ce qu’enseigne l’école sans une autorisation. Le deuxième paragraphe est explicite : « Je n’aurai pas l’insolence de parler de mon Art ou d’en démontrer la technique à quiconque d’extérieur à l’école. » Le keppan devait comme aujourd’hui, assurer une loyauté inaltérable en ce qui concerne la tradition secrète (hiden) de l’école. L’une des raisons, en dehors de son aspect purement stratégique, c’est que certaines techniques étaient issus de pratiques occultes (hijutsu) associées, comme nous l’avons déjà dit, aux systèmes ésotériques (mikkyo) des sectes shintô et bouddhiste. Chaque école avait donc ses secrets dont le point ultime formait la technique essentielle. Elle représentait la suprême récompense du maître envers son disciple.

Fondement doctrinal du Katori

A proprement parler, l’école Katori ne possède pas de doctrine écrite définie une fois pour toutes. La famille Iizasa est cependant en possession d’un nombre impressionnant de textes ayant trait aux enseignements de l’école, enseignements laissés par les Anciens. L’essentiel de la connaissance transmise par le Fondateur, même si elle est compilée sur quelques parchemins, est surtout transmise oralement de génération en génération. Cette philosophie repose, en partie du moins, sur le concept du mot japonais heiho et de sa signification chinoise. Le mot heiho a perdu, sauf au sein du Katori, sa signification philosophique. Il a rejoint l’ensemble des mots comme hyôho ou bugei signifiant simplement et uniquement stratégie (militaire). Pendant la période pré-Meiji, les écrits utilisaient les mots de bugei et bujutsu dans le même sens. Quant au mot budô, il n’est pas une innovation moderne comme on pourrait s’y attendre, puisqu’il apparaît pour la première fois dans un écrit du 13e siècle. Cependant, sa signification profonde restera ambiguë jusqu’à la période Tokugawa, lorsqu’il en vint à désigner ce que les auteurs modernes nomment bushido, le code de conduite du samourai. En japonais, heiho désigne l’ensemble de l’enseignement martial d’une école d’armes classiques. Cependant, ses connotations linguistiques sont beaucoup plus complexes. A ce propos le Shihan Otake Risuke écrit : Chôisai sensei nous dit que le mot heiho écrit en caractère japonais signifie "la méthode du soldat", mais écrit en caractère chinois, il signifie "paisible et calme". On peut ainsi comprendre que les deux natures du heiho correspondent à la nature duelle de l’homme : une partie animale (la personnalité) et une partie divine (l’âme). A partir du premier sens donné au heiho, l’homme apprend à discipliner sa nature physique. Par le second, il acquiert la maîtrise du mental, devient paisible et finit par trouver la source de la lumière et de la paix. Contrairement à la critique faite par des experts modernes, la paix dans le sens de notre école n’est nullement synonyme de passivité et encore moins de faiblesse. Du reste, c’est tout le contraire qui est recherché. La puissance et la force ne sont pas une mauvaise chose en soi, elles sont inhérentes à la nature humaine et doivent simplement être dirigées avec bon sens et dans le bon sens. Cette force ne doit s’exercer que conformément à un état d’esprit élevé et selon les lois universelles enseignées par nos aînés depuis la nuit des temps. Il n’est pas bon d’être faible et malade, car la faiblesse est source d’ennui pour nous, comme pour les autres. L’homme faible qui a peur est généralement agressif et la faiblesse est un défaut qui suscite chez l’homme immoral et ignorant, le désir d’asservir cette faiblesse et de l’utiliser à son profit. C’est ce qu’ont fait les hommes vis-à-vis des femmes depuis des lustres, et cela dure encore !

Selon l’idée que s’en font les experts du Katori, si la force est considérée comme plus raisonnable que la faiblesse, c’est que l’homme faible est impuissant à secourir son frère dans la détresse. On comprend par conséquent la nécessité d’une éthique intransigeante pour des hommes qui, mal éduqués, auraient tôt fait de se transformer en bêtes de combat. Un expert du Katori est si redoutable qu’il se doit d’être absolument irréprochable. Il doit être posé, sérieux, calme, vigilant et toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin. Le bujutsu de l’école Katori rend ses membres puissants mais sa philosophie nous invite à mettre cette puissance au service de nos contemporains. Le bujutsu ancien faisait de l’homme un guerrier de mort et son épée était alors appelée Satsujin ken, le sabre du meurtre. Au contraire, ceux qui suivaient la voie du heiho devenaient des guerriers de vie et leur épée était appelée Katsujin ken, le sabre qui donne la vie. En tant que moine bouddhiste, maître Ienao considérait cette présente incarnation comme un privilège. Par conséquent, conserver sa vie et celle des autres au profit de la recherche de perfection était un devoir.

On peut affirmer que l’âme du Tenshin Shôden Katori Shintô ryû vibre essentiellement sur l’octave de la paix. Si pour maître Ienao, la vie terrestre est une illusion au même titre que l’ego, il n’en reste pas moins vrai que l’un et l’autre sont les seuls moyens dont l’homme dispose pour se libérer du cycle infernal des renaissances. Maître Ienao enseignait surtout à ses élèves comment se défendre sans avoir à utiliser leur arme, pour éventuellement être à même de défendre la pure doctrine du seigneur Bouddha. Illuminé par le Kami du Katori, maître Ienao abandonna les anciennes règles du bujutsu, puisque l’une d’elles consistait à provoquer les experts des autres écoles pour progresser. Ce genre de défi laissait sur le terrain des handicapés à vie ou des morts. Il interdisait de telles rencontres, les considérant comme stériles et n’aurait certainement pas apprécié la manière de se perfectionner d’un Miyamoto Musashi aussi efficace fut-il ! Seuls se battaient ceux qui étaient autorisés par le Fondateur. Les raisons devaient être exceptionnelles et celui qui était choisi avait une telle maîtrise du sabre qu’il pouvait vaincre sans faire de dégât. Cette attitude du maître et de sa philosophie du bujutsu influença pour toujours certains des plus grands experts de sabre du Japon qui avaient été ses disciples et qui devinrent eux-mêmes des Fondateurs de ryû. En voici quelques exemples.

Si l’on reprend le tableau des générations d’héritiers de l’école Katori, nous avons en premier lieu le Kami Futsu nushi no Mikoto, puis vient le Fondateur qui laissa comme premier sôke maître Iizasa Shuke-no-Sadahide. Ce n’est qu’après lui que sera créée la branche sœur, la Kashima Shintô ryû, par l’intermédiaire d’un élève de maître Ienao, du nom de Kamiizumi Ise-no-Kami Nobutsuna (1508-1577), futur fondateur du Shinkage ryû. C’est ce maître authentique qui, cherchant à respecter la pensée de Iizasa Chôisai Ienao, inventa le sabre de bambou appelé fukuro shinaï. Ce sabre utilisé comme arme d’exercice à la place du bokken ou sabre en bois, va permettre de sauver bien des vies, tout en permettant aux soldats de s’entraîner durement et sans risque. De son côté, Kamiizumi aura une influence considérable et deux de ses élèves vont devenir célèbres, il s’agit de Inei et de Yagyû Munenoshi, lequel deviendra le fondateur du Kage ryû qui a joué un rôle de premier ordre dans l’histoire du sabre au Japon. Quant à l’école Kashima Shintô ryû, son fondateur est Matsumoto Bisen no Kami Masanobu (1468-1524), un élève de maître Ienao. La famille de Matsumoto assumait depuis des siècles la fonction de prêtre du sanctuaire de Kashima et un certain style s’était dégagé du groupe de ceux qui s’entraînaient dans les environs. Masanobu, à partir de ce qu’il avait appris de Ienao, élabora des techniques de différentes armes (yari, naginata, bo) et découvrit au cours d’ascèses la technique ultime de son style à laquelle il donna le nom de Hitotsu, le sabre unique. C’est ce savoir qu’il transmit à son meilleur disciple : Tsukahara Bokuden Takamoto (1489-1571). Bokuden avait étudié l’art du sabre avec son père qui était aussi un élève du Katori Shintô ryû et bien qu’il s’inscrivait dans la lignée du Kashima, on peut dire qu’il respectait les grands principes du Katori. Comme maître Ienao et Matsumoto, il s’efforcera toujours de remplacer le sabre de bois par un sabre de bambou lors des entraînements et comme ces deux maîtres, il va s’adonner à de longues retraites dans la solitude des montagnes, s’entraînant, se purifiant et priant. Enfin, lui aussi recevra une inspiration divine et dès lors maintiendra et dispensera le concept de la paix qui selon lui, est l’art de se sauver d’une situation périlleuse sans blesser ni tuer. Nous avons déjà cité cette anecdote où Bokuden provoqué en duel alors qu’il se trouve sur un bateau, accepte le défi et demande à l’homme de le rencontrer sur un petit îlot. Le provocateur descend sur l’îlot et Bokuden repart avec le passeur laissant l’homme interloqué. Bokuden venait de remporter une victoire par la ruse, en laissant à cet homme imprudent, la vie et la chance de comprendre son erreur.

En bref, on peut dire que de la tradition Katori sortiront des écoles comme la Shindo Isshin ryû, la Shin-gyo-to-ryû, la Ryuso ryû ou encore la Ko-ryû. Notons aussi l’école Arima Shinto ryû qui étendra son influence jusqu’à la Shindo-Muso ryû et tant d’autres.

La technique du Katori

Il est bien évident et chacun le comprendra, qu’il nous est impossible de dévoiler le sens des techniques de l’école en dehors du cercle étroit de ceux qui sont des élèves reconnus. Nous ne pouvons donc avancer que des idées générales sans entrer dans les détails. Rappelons que maître Ienao avait beaucoup réfléchi à la manière de s’entraîner sans se blesser. Nous avons vu qu’à son époque les affrontements ou combats libres (taryû-jiaï) étaient courants et dangereux. Maître Ienao a donc pour la première fois envisagé une autre manière de s’entraîner et pour ce faire, il mit au point une série de mouvements comportant des attaques et des défenses préalablement établies selon un ordre précis et symbolique. Il venait de mettre au point les kumitachi katas. Ces séries de mouvements parfaitement coordonnés et exécutées par deux partenaires allaient permettre d’approfondir l’Art du sabre en profondeur. En effet, après un long entraînement, les mouvements deviennent des réflexes conditionnés et le pratiquant peut aisément cesser de penser et d’analyser. En un mot, il entre dans le monde de l’intuition pure en se déconnectant de ses activités cérébrales. Tout en développant son corps, en maîtrisant ses émotions et ses sens, l’entrée dans le silence mental (munen / mushin) permet à la conscience de faire l’expérience d’autres dimensions, d’autres réalités et de trouver la source de cette fameuse énergie appelée Ki par les Japonais. Jusqu’aux plus hauts degrés de la pratique, le travail est toujours aussi intense. Il s’agit de transcender le mental dans lequel se trouve le temps et l’espace et pour cela, on intensifie la puissance de frappe, la précision, la coordination, la vitesse, etc. Les katas (omote) que l’on présente dans les démonstrations sont extrêmement longs car ils devaient permettre aux escrimeurs du passé d’être endurants et à l’aise dans les pires conditions, tel que le combat en armure pendant des jours. A mesure que les katas sont maîtrisés dans leur forme extérieure, l’instructeur met l’accent sur d’autres concepts plus subtils comme le kiai, le rythme et surtout l’harmonie entre le ki, le sabre et le corps (ki-ken-tai).

Ouverture des portes de l’école Katori

Aujourd’hui que l’école Tenshin Shôden Katori Shintô ryû a ouvert ses portes aux étudiants occidentaux, il est temps et utile de rappeler qu’il n’existe au monde qu’un seul et unique centre diffusant l’enseignement du Katori. Ce centre est le dojo de Narita de maître Risuke Otake, le seul Shihan reconnu à ce jour par le Sôke Iizasa Shurinosuke Yasusada. Il existe des experts de l’école qui, comme cela arrive quelquefois, se sont désolidarisés du centre officiel et ont préféré enseigner à leur convenance, utilisant l’école comme moyen de gagner de l’argent par exemple. Il est utile de savoir que ces experts ne peuvent plus prétendre faire partie de l’école mère, mais qu’ils représentent désormais un groupement absolument indépendant pouvant éventuellement porter le nom de Katori mais certainement pas celui de « Tenshin Shôden ». Les groupes qui ont délibérément violé le serment de fidélité se sont définitivement coupés de la « source » formée par la puissance du Kami du Katori Jingû. Rappelons à cet effet que le keppan est la seule et unique preuve d’une affiliation à l’école Katori dirigée par le Sôke. Cette initiation du keppan, seul maître Otake Risuke est habilité à la transmettre. Elle est le signe de notre obéissance, non point à une autorité humaine, mais à un serment signé en pleine conscience de notre responsabilité et de ce que cela implique pour nous-mêmes et pour le groupe.

Cette école est l’un des derniers îlots de pure tradition martiale où est absent l’intérêt pour la gloire personnelle et pour l’argent, en un mot, tout ce qui est exclusif, séparateur et générateur de conflits. La société mondiale est malade, mais les forces vives ne sont pas absentes. Dans le silence de la discrétion e

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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 18:38

prêté lors de l'entrée à la Katori Shintô Ryû:


- Entré à la Tenshin Shoden Katori Shintô-ryû, héritière de la Grande Divinité de Katori, je ne dirai ni ne montrerai à qui que ce soit ce qui m’y aura été enseigné, pas même à mes parents, mes enfants, mes frères ou condisciples sans autorisation.

 

 

- Je n’aurai pas l’insolence de parler de mon art ou d’en démontrer la technique à quiconque d’extérieur à l’école.

 

 

- Je ne parierai, ni ne fréquenterai les mauvais lieux.

 

 

- Je ne combattrai pas contre d’autres écoles sans en avoir reçu l’utorisation.

 

 

Je m’engage à respecter rigoureusement les articles précédents et si je devais manquer à ma parole, je m’opposerais ouvertement à la Grande Divinité de Katori et m’exposerais à son châtiment.

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27 décembre 2006 3 27 /12 /décembre /2006 10:44
Le second niveau (CHUDEN) se compose de dix mouvements pratiqués à genoux, neuf en Taté Hiza et un en Seiza :

YOKO GUMO


 

TORA ISSOKU



INAZUMA



UKI GUMO



YAMASHITA ARASHI



IWANAMI



UROKO GAESHI



NAMI GAESHI



TAKI OTOSHI



NUKI UCHI (Seiza)
(aussi appelé Joi-Uti)


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28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 11:14

Le fondateur de ce que l'on appelle aujourd'hui Muso Shinden Ryu s'appelait Hojo Jinsuke Shigenobu ou encore Hayashizaki Jinsuke Shigenobu. Les faits et actes de sa vie sont assez mal connus et son histoire ressortit souvent à la légende. Nous savons cependant qu'il naquit dans la province de Sagami (Soshu) vers le milieu du 16e siècle. Il s'installa plus tard, dit-on, dans la province de Mutsu au nord du Japon. On sait mal actuellement à quel degré de perfection il parvint dans son art mais on sait qu'il étudia intensivement l'art du sabre, approximativement de 1596 à 1601. Par la suite, il mit au point une série de technique de Iaï qu'il appela Batto-Jutsu et qui prirent, selon les époques, différents noms: Junpaku den, Hayashizaki Ryu, Shin Muso Hayashizaki Ryu, Shigenobu Ryu, etc. Nous savons également qu'il fit une tournée au Japon à la mode Musha-Shugyo et que c'est durant cette période qu'il attira un grand nombre de disciples. Les techniques exactes qu'il enseignait nous restent aussi obscures que sa propre vie mais on s'accorde le plus souvent à penser qu'elles étaient relativement simples, pratiques et très adaptées au combat. On dit aussi qu'il fit, à l'âge de 73 ans, en 1616, une deuxième tournée à travers le Japon au cours de laquelle on perdit sa trace.

Sous son influence de nombreuses écoles de Iaï prirent naissance.

Après sa mort, la tradition du Shin Muso Hayashizaki Ryu fut perpétuée par Tamiya Taira-no Hyoe Narimasa qui, dit-on, fut le professeur de Tokugawa Ieyasu, Hidetada et Iemitsu. Ce fait contribua très certainement à la popularité de ce style. Nagano Murakusai Kinro, 3e Sokei, succéda à Tamiya Narimasa puis Numo Gumbei Mitsushige, 4ee Sokei, Arikawa Shozaemon Munetsugu, 5ee Sokei, Manno Danuemon Nobusada, 6ee Sokei.

Le 7ee Sokei fut Hasegawa Chikara-no-Suke Hidenobu (Eishin). Il étudia Hayashizaki Ryu sous la direction de NobuSada, à Edo, durant la période Kyoho (1716-1735) et fut très réputé pour sa maîtrise dans l'art du sabre. Il fit évoluer de nombreuses techniques et mit au point, dit-on, l'art de dégainer une arme dont le tranchant est tourné vers le haut. De retour dans sa province, il donna à son style le nom de Muso Jikiden Eishin Ryu. Il s'y est conservé jusqu'à nos jours.

Le 9ee Sokei, Hayashi Rokudayu Narimasa, était le vassal de Yamanouchi Toyamasa, 4e Hanshu, gouverneur de province. Il étudia, durant son séjour à Edo, le Eishin Ryu sous la direction de Arai Seitatsu, 8e Sokei et suivit simultanément l'école Shinkage Ryu sous la direction de Omori Rokuro Saemon Masamitsu. Ce dernier avait mis au point une méthode de Iaï se pratiquant dans la position seiza (assis). Il l'enseigna à Hayashi Morimasa qui, plus tard, l'intégra dans le Muso Jikiden Eishin Ryu. C'est ce que nous appelons aujourd'hui Shoden Omori Ryu.

Après l'enseignement du 11e Sokei, un schisme se développa, qui donna naissance à deux branches: Shimomura-ha et Tanimura-ha. Le 10ee Sokei du Shimomura-ha fut Nakayama Hakudo Sensei. Il étudia Muso Jikiden Eishin Ryu, dans la province de Tosa, sous la direction de Hosokawa Yoshimasa, 15e Soke (Shimomura-ha) et sous celle de Morimoto Tokumi, 17e Sokei (Tanimura-ha). En 1933, il donna à son enseignement le nom de Muso Shinden Ryu Batto-Jutsu, école dont la popularité ne fit que croître grâce à ses efforts perpétuels et au travail de ses disciples.

Malcolm T. Shewan, "Iai, l'art du sabre japonais", © éd. F.E.I. Cannes 1983

NB: la branche Shimomura est à l’origine de l’école MUSO SHINDEN RYU, la branche Tanimura à l’origine de l’école MUSO JIKIDEN EISHIN RYU.
 

 

Mu=rêve -- So=pensée -- Shin=Dieu -- Den=racine -- Ryu=école

 L'école trouverait donc son origine dans une vision divine apparue dans un rêve qu'aurait fait Jinsuke Shinegobu.

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